Résumé de la décision
Le Conseil d'État a décidé de ne pas statuer sur les requêtes du Conseil national de l'ordre des médecins, du Conseil national de l'ordre des sages-femmes et du Conseil national de l'ordre des pharmaciens, qui demandaient l'annulation de l'ordonnance n° 2017-644 du 27 avril 2017. Cette ordonnance, maintenant ratifiée par la loi n° 2017-1841 du 30 décembre 2017, ne peut plus faire l'objet d'une contestation devant la juridiction administrative. Par conséquent, le Conseil d'État a déclaré que les conclusions des requêtes étaient devenues sans objet et a rejeté les demandes de mise à la charge de l'État de sommes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
Le Conseil d'État souligne plusieurs points juridiques cruciaux dans sa décision :
1. Caractère administratif des ordonnances : L'article 38 de la Constitution stipule que les ordonnances, même si elles concernent des matières relevant de la loi, sont considérées comme des actes administratifs. Cependant, la ratification par le législateur leur confère une valeur législative, ce qui les soustrait à un contrôle contentieux.
> "les ordonnances qu'elle prévoit ont, alors même qu'elles interviennent dans une matière ressortissants, [...] le caractère d'actes administratifs ; que, cependant, dès lors que sa ratification est opérée par le législateur, une ordonnance acquiert valeur législative à compter de sa signature."
2. Ratification et contestation : Suite à la ratification de l'ordonnance par la loi de ratification, ses dispositions ne peuvent plus être contestées sur le plan de la légalité dans le cadre de la juridiction administrative, sauf si la loi de ratification elle-même est incompatible avec le droit au procès équitable.
> "la légalité d'une ordonnance ne peut plus, en principe, être utilement contestée devant la juridiction administrative."
Interprétations et citations légales
Dans cette décision, plusieurs textes législatifs et principes juridiques sont examinés :
- Constitution - Article 38 : Cet article autorise le gouvernement à prendre des ordonnances pour l'application de la loi, mais celles-ci doivent être ratifiées par le parlement pour acquérir une valeur législative. Ce principe est fondamental pour distinguer les actes administratifs des actes législatifs.
- Convention européenne des droits de l'homme - Article 6 : Ce principe garantit le droit à un procès équitable, mais le Conseil d'État affirme que rien, dans les circonstances de la ratification, ne laisse penser que ce droit a été compromis lors de la procédure.
> "la loi de ratification [...] ne sont, en tout état de cause, susceptibles de la faire regarder comme ayant eu essentiellement pour but de faire obstacle au droit de toute personne à un procès équitable."
Cette analyse permet de comprendre que le Conseil d'État s'appuie sur des principes constitutionnels pour établir la légitimité de l’ordonnance contestée, renforçant ainsi l'importance de la ratification parlementaire dans le dispositif législatif français.