Résumé de la décision
La décision porte sur le recours de M. et Mme A..., ainsi que d'autres requérants, contre la délivrance d'un permis de construire accordé à la SCI Marseille 10ème Chante-Perdrix II pour la construction d'un immeuble de soixante-six logements à Marseille. Après avoir rejeté la demande d’annulation pour excès de pouvoir du permis par le tribunal administratif de Marseille, les requérants se sont pourvus en cassation. Le Conseil d’Etat a annulé le jugement rendu par le tribunal administratif, estimant que le permis de construire n’aurait pas dû être délivré sans la présence d’une déclaration préalable concernant l'abattage d'arbres dans un espace boisé classé. En conséquence, la commune de Marseille a été condamnée à verser une indemnité de 3 000 euros aux requérants.
Arguments pertinents
1. Erreur de droit sur la notion de non-opposition : Le Conseil d’Etat a jugé que selon l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, le permis de construire ne peut être accordé que si les travaux sont conformes aux dispositions relatives aux espaces boisés classés. En ne vérifiant pas si la déclaration préalable concernant l'abattage des arbres était jointe au dossier, le tribunal administratif a commis une erreur de droit :
> «...en jugeant que le permis de construire devait être regardé comme valant non-opposition à l'abattage des arbres [...] sans rechercher si la déclaration préalable [...] était jointe au dossier de demande de permis de construire, le tribunal administratif de Marseille a entaché son jugement d'une erreur de droit.»
2. Souscription à la procédure d'affichage et de déclaration : Les dispositions des articles L. 130-1 et R. 424-15 du code de l'urbanisme stipulent clairement les obligations d'affichage et de déclaration préalable, soulignant ainsi la nécessité d'une conformité à ces exigences avant toute délivrance de permis.
3. Condamnation et frais d’instance : Le Conseil d’Etat a estimé approprié de mettre à la charge de la commune de Marseille les frais d’instance, considérant que les requérants ne sont pas la partie perdante :
> «Les dispositions de cet article font, en revanche, obstacle à ce que la somme que demande la SCI [...] soit mise à la charge de M. et Mme A..., qui ne sont pas la partie perdante.»
Interprétations et citations légales
1. Article L. 130-1 du code de l'urbanisme : Cet article permet le classement d'espaces boisés destinés à être protégés, ce qui signifie que toute intervention (comme l'abattage d'arbres) nécessite une déclaration préalable.
> «Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer [...] Les coupes et abattages d'arbres dans ces espaces boisés classés sont soumis à l'obligation de déclaration préalable» (Code de l'urbanisme - Article L. 130-1).
2. Permis de construire et conformité aux lois : L'article L. 421-6 précise que le permis de construire ne peut être accordé que si les travaux sont conformes à la réglementation relative à l'utilisation des sols, y compris le respect des espaces boisés classés.
> «Le permis de construire ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols» (Code de l'urbanisme - Article L. 421-6).
3. Frais d’instance et indemnité : L’article L. 761-1 du code de justice administrative prévoit la possibilité d’indemniser une partie qui a dû inclure des frais dans le cadre d'un litige administratif.
> «Les juridictions administratives peuvent condamner l’Etat, les collectivités territoriales [...] à verser une somme au titre des frais exposés par une partie» (Code de justice administrative - Article L. 761-1).
Cette analyse met en lumière les exigences légales concernant les permis de construire, particulièrement en ce qui concerne les espaces boisés classés, et souligne l'importance d'une procédure de conformité avant l'émission de tels permis.