Résumé de la décision
La Section française de l'Observatoire international des prisons a saisi le Conseil d'État pour annuler un refus implicite du garde des sceaux de ne pas suspendre l'application des articles 728-10 à 728-22 du code de procédure pénale, qui concernent les décisions de transfert international des détenus en vertu de la décision-cadre 2008/909/JAI. Cette section a demandé à ce que la question de la conformité de ces articles à la Constitution soit renvoyée au Conseil constitutionnel, arguant de l'absence de voie de recours contre les décisions du ministère public et de l'absence de délai imposé pour statuer. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel, en reconnaissant le caractère sérieux de la question posée.
Arguments pertinents
Le Conseil d'État a fondé sa décision sur plusieurs points clés :
1. Applicabilité et Non-conformité : Les articles 728-10 à 728-22 du code de procédure pénale sont applicables au litige. Ils n'ont pas encore été jugés conformes à la Constitution dans une décision antérieure. Cette situation permet d'invoquer une question prioritaire de constitutionnalité (QPC).
2. Droit à un recours juridictionnel effectif : La question posée soulève un problème sérieux concernant le droit à un recours juridictionnel effectif, garanti par l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. En effet, l'absence de voie de recours contre les décisions du ministère public engage des droits fondamentaux.
> "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé... à la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure."
Interprétations et citations légales
Les différents articles de loi cités dans cette décision sont interprétés comme suit :
1. Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 - Article 23-5 : Ce dispositif stipule que le Conseil constitutionnel peut être saisi d'une QPC si la disposition législative contestée est applicable au litige et non précédemment déclarée conforme à la Constitution. Ce cadre juridique sert de fondement à la capacité des requérants de soulever des questions de constitutionnalité.
> "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé... à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat."
2. Code de procédure pénale - Articles 728-10 à 728-22 : Ces articles régissent l'exécution des décisions de condamnation dans le cadre de demandes de transfèrement international. L'absence d’un recours et de délais imposés pour statuer remet en cause la protection des droits des détenus.
> "La Section française de l'Observatoire international des prisons demande... que... aucune voie de recours n'aura été prévue contre les décisions défavorables prises sur leur fondement."
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Article 16 : Ce texte fondateur garantit le droit à un recours juridictionnel effectif et souligne l'importance de protéger les droits des individus face aux décisions administratives.
> "Le droit à un recours juridictionnel effectif..."
Cette décision du Conseil d'État montre l'importance du contrôle constitutionnel en assurant que les droits fondamentaux des individus soient respectés dans le cadre des procédures judiciaires et administratives.