Résumé de la décision
La décision concerne l'annulation d'un arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Paris le 31 mai 2017, qui avait confirmé le rejet de la demande de titre de séjour de Mme B..., de nationalité turque. Mme B. soutenait avoir des liens familiaux en France, notamment un mari titulaire d'une carte de résident et un enfant. La cour administrative a été jugée en erreur par rapport à l'application de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, constatant que le refus de titre de séjour portait en réalité une atteinte disproportionnée au droit de Mme B. au respect de sa vie privée et familiale. La Cour a également accordé à Mme B. 3 000 euros de frais de justice à la charge de l'État.
Arguments pertinents
1. Sur l'irrégularité de la décision de rejet : Le ministre de l'intérieur a soutenu que les moyens du pourvoi étaient inopérants car le rejet résultait d'une absence de présentation personnelle de Mme B. Ceci a été écarté par la Cour, précisant que "ce moyen, qui n'est pas d'ordre public et n'est pas né de l'arrêt attaqué, procède d'une argumentation nouvelle en cassation".
2. Violation des droits de la vie privée et familiale : La Cour a conclu qu'en refusant le titre de séjour, les autorités françaises avaient porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B. au respect de sa vie privée et familiale, en considérant "la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine" et "les conditions d'existence" de Mme B.
Interprétations et citations légales
1. Interprétation de l'article 8 de la Convention européenne : Cet article stipule que "toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale" et peut être limité seulement pour certaines raisons, telles que la sécurité nationale. La cour a analysé cette disposition en rapport avec les circonstances personnelles de Mme B., et a noté qu'aucun motif valable ne justifiait l'atteinte à ses droits.
2. Application de l'article L. 313-11 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Cet article prévoit que "la carte de séjour temporaire portant la mention 'vie privée et familiale' est délivrée de plein droit [...] sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public". La Cour a observé que Mme B. ne rentrait pas dans les catégories d'étrangers visées par cet article et que "le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée".
En résumé, la décision a mis en exergue la nécessité de considérer l'ensemble des éléments constitutifs de la vie familiale lors de la prise de décisions relatives à l'immigration, ainsi que l'importance de respecter les droits fondamentaux garantis par la convention européenne.