Résumé de la décision
La commune d'Eyguières avait signé une convention d'occupation du domaine public avec la société ZF Grand Prix pour l'exploitation d'une piste de karting. Le 1er août 2019, la commune a notifié la résiliation de cette convention pour un motif d'intérêt général. En conséquence, la société ZF Grand Prix a demandé la suspension de l'exécution de cette résiliation par le juge des référés, qui a d'abord accordé cette demande. Cependant, la commune d'Eyguières a ensuite formé un pourvoi en cassation contre cette ordonnance. La décision prise par le Conseil d'État a annulé l'ordonnance du juge des référés, rejeté la demande de la société ZF Grand Prix et lui a imposé le paiement de frais d'avocat.
Arguments pertinents
1. Condition d'urgence : Le juge des référés a initialement conclu à l'urgence de la situation en raison des investissements réalisés par la société ZF Grand Prix, mais ce raisonnement a été jugé insuffisant. En effet, il aurait dû évaluer cette situation en tenant compte d'autres éléments financiers, notamment le chiffre d'affaires et la capacité d'amortir les investissements dans le cadre de ses autres activités.
> "En se limitant à la prise en compte de ces éléments pour caractériser une atteinte grave et immédiate portée aux intérêts de l'entreprise par la résiliation de la convention, sans les rapporter aux autres données permettant d'évaluer sa situation financière globale, [...] le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a entaché son ordonnance d'erreur de droit."
2. Absence de doute sérieux sur la légalité : Le Conseil d'État a également constaté que les arguments de la société ZF Grand Prix, s'opposant à la résiliation de la convention sur la base d'un prétendu défaut de motif d'intérêt général, n'étaient pas suffisants pour créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.
> "Les moyens tirés de ce que la résiliation de la convention d'occupation du domaine public ne reposerait pas sur un motif d'intérêt général, de ce qu'elle conduirait à un appauvrissement de la commune et de ce que le nouveau contrat constituerait une aide d'Etat ne sont pas propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision."
Interprétations et citations légales
1. Article L. 521-1 du Code de justice administrative : Cet article permet au juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision administrative lorsqu'il existe un doute sérieux quant à sa légalité et que l'urgence le justifie. Dans cette affaire, le juge des référés a omis d'examiner complètement les implications financières de la résiliation, ce qui constitue une erreur d'interprétation.
> "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision" (Code de justice administrative - Article L. 521-1).
2. Article L. 761-1 du Code de justice administrative : Cet article stipule que les frais exposés par la partie qui a perdu l'affaire peuvent être mis à la charge de l'autre partie. Dans ce cas, la commune d'Eyguières n'étant pas la partie perdante, c'est la société ZF Grand Prix qui a été condamnée à rembourser les frais.
> "Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Eyguières, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante [...]".
En conclusion, le Conseil d'État a rectifié l'interprétation initiale du juge des référés sur l'urgence et la légalité de la résiliation, confirmant ainsi la position de la commune d'Eyguières.