Résumé de la décision
La décision du Conseil d'État porte sur une question prioritaire de constitutionnalité concernant des dispositions du code monétaire et financier, plus précisément les articles L. 561-41 et L. 561-42. Ces articles sont relatifs aux compétences de la Commission nationale des sanctions dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. La société Barnes et M. B... contestent des sanctions qui leur ont été imposées par cette Commission, arguant que les dispositions législatives concernées portent atteinte aux droits garantis par la Constitution, notamment au principe d'impartialité des juridictions. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel en raison de la nouveauté et du sérieux du caractère de la question soulevée.
Arguments pertinents
1. Applicabilité des dispositions contestées : Le Conseil d'État a constaté que les articles L. 561-41 et L. 561-42 sont applicables au litige concernant les sanctions infligées par la Commission nationale des sanctions. Ces articles régissent le processus par lequel la Commission reçoit les rapports de contrôle et prononce les sanctions. La décision souligne : « ces dispositions, qui sont applicables au litige au sens et pour l'application de l'article 23-4 de l'ordonnance du 7 novembre 1958, n'ont pas été déjà déclarées conformes à la Constitution par le Conseil constitutionnel ».
2. Question sérieuse : La décision met également en avant que la question soulevée par les parties, portant sur l'atteinte à la Constitution de ces dispositions légales, pose un problème sérieux concernant le principe d'impartialité. Il est affirmé que le « moyen tiré de ce qu'elles portent atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, et notamment au principe constitutionnel d'impartialité des juridictions, soulève une question présentant un caractère sérieux ».
Interprétations et citations légales
1. Interprétation des articles L. 561-41 et L. 561-42 :
- Code monétaire et financier - Article L. 561-41 : Cet article confirme que la Commission nationale des sanctions doit recevoir les rapports d'autorités administratives et notifier les griefs. Cela implique une procédure contradictoire essentielle dans le cadre des décisions de sanctions.
- Code monétaire et financier - Article L. 561-42 : Ce texte stipule que la Commission statue par une décision motivée, sans la présence du rapporteur, et exige que la personne concernée ait été entendue ou convoquée. Cette clause est cruciale pour garantir les droits de la défense mais peut être interprétée comme une confusion entre les rôles de poursuite et de jugement, potentiellement en contradiction avec le principe d'impartialité.
2. Références aux fondements juridiques :
- La décision cite l’article 23-4 de l’ordonnance du 7 novembre 1958, qui établit les conditions de renvoi d'une question de constitutionnalité au Conseil constitutionnel, insistant sur la nécessité que la disposition contestée soit applicable au litige, n'ait pas déjà été jugée conforme, et que la question elle-même soit nouvelle ou sérieuse.
Ce cadre juridique montre l'importance de préserver les droits et libertés fondamentaux en matière de justice, spécialement dans les cas où des sanctions administratives significatives sont en jeu. La décision du Conseil d'État souligne ainsi la vigilance requise dans l'évaluation des interactions entre procédures de sanctions et garanties constitutionnelles.