Résumé de la décision
M. A... a demandé l'annulation pour excès de pouvoir des commentaires administratifs relatifs à l'application des peines pour fraude fiscale, et en particulier des règles établies par l'article 1745 du code général des impôts. Il conteste que cette disposition, couplée avec des sanctions pénales, viole l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, en permettant un cumul de sanctions pour les mêmes faits. Toutefois, le Conseil d'État a jugé que la question soulevée n'est pas nouvelle ni sérieuse et a donc décidé de ne pas renvoyer la question au Conseil constitutionnel. La requête de M. A... a été rejetée.
Arguments pertinents
1. Applicabilité de l'article 1745 : Le Conseil d'État a reconnu que l'article 1745 du code général des impôts est applicable à la situation de M. A... et qu'il n'a jamais été déclaré conforme à la Constitution, ce qui constitue une base pour soulever une question prioritaire de constitutionnalité.
2. Nature de la solidarité : L'article 1745 est décrit comme une garantie pour le recouvrement de la créance du Trésor public, et non comme une sanction punitive au sens de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme. Le Conseil d'État a expliqué que celui qui paie les impôts fraudés peut obtenir un recours contre le débiteur principal et les codébiteurs solidaires, ce qui nuancerait l'argument de M. A... concernant une double sanction.
3. Inapplicabilité de la jurisprudence "non bis in idem" : Le Conseil a également précisé que M. A... ne pourrait pas se prévaloir de la règle "non bis in idem" car les sanctions pénales et la solidarité ne relèvent pas de procédures juridictionnelles distinctes, ce qui exclut l'application des principes de cette jurisprudence à son cas.
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 - Article 23-5 : Le passage clé qui régit la saisine du Conseil constitutionnel stipule que pour qu'une question prioritaire de constitutionnalité soit recevable, il faut que la disposition contestée soit applicable au litige, qu'elle n'ait pas été déclarée conforme auparavant, et qu'elle présente un caractère sérieux.
2. Code général des impôts - Article 1745 : Cet article précise que "tous ceux qui ont fait l'objet d'une condamnation définitive prononcée en application des articles 1741 et suivants du code peuvent être solidairement tenus au paiement de l'impôt fraudé", soulignant ainsi la dimension de solidarité nécessaire au recouvrement de la créance du Trésor.
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Article 8 : Ce texte constitue le fondement des droits en matière de sanctions pénales, affirmant que "nul ne peut être puni que par la loi", ce qui a été analysé par le Conseil d'État comme ne s'appliquant pas à la mesure de solidarité fiscale évoquée par M. A....
4. Conseil d'État, considérations sur la jurisprudence : La non applicabilité de la règle "non bis in idem" a été expliquée dans le contexte où les sanctions pénales et la solidarité ne s’appliquent pas dans des procédures distinctes, renforçant ainsi la décision de ne pas retenir l'argument principal de M. A....
En résumé, le Conseil d'État a rejeté la requête de M. A... sur la base de l'absence de nouveauté ou de sérieux dans le moyen soulevé, et a confirmé que la solidarité fiscale ne constitue pas une sanction au sens constitutionnel.