Résumé de la décision
La décision concerne un recours en cassation de Mme B..., demandant l'annulation d'un arrêt de la cour régionale des pensions de Bordeaux qui avait rejeté sa demande de réversion de la pension militaire d'invalidité de son défunt mari, M. D..., décédé en 1994. La cour a affirmé que Mme B... n'avait pas rapporté la preuve de son mariage avec M. D..., décision qui s'est fondée sur des dispositions réglementaires sur la preuve des mariages dans le cadre des pensions militaires. En conséquence, le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour régionale, constatant qu'il manquait la mention des textes de loi applicables, en infraction avec les règles de procédure. De plus, il a ordonné à l'État de verser 3 000 euros à l'avocat de Mme B... au titre de l'aide juridictionnelle.
Arguments pertinents
1. Irrégularité procédurale : Le Conseil d'État a conclu que l'arrêt de la cour régionale « est entaché d'irrégularité » parce qu'aucune mention des textes de loi sur lesquels reposait la décision n'avait été faite. En matière de pensions militaires, les décisions des juridictions doivent se référer expressément aux textes applicables pour assurer la légalité de leur jugement.
2. Forte présomption de validité du mariage : Les dispositions du code des pensions militaires, à savoir l'article L. 241 et l'article L. 141-5, précisent les conditions de preuve de mariage. Le Conseil d'État a souligné l'importance de la preuve testimoniale, surtout pour des mariages contractés durant des périodes historiques spécifiques, ce qui pourrait appuyer le droit de Mme B... à la réversion de la pension.
Interprétations et citations légales
- Article L. 241 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre :
- Cinquième et sixième alinéas (en vigueur jusqu'au 31 décembre 2016) : « La preuve du mariage (...) est faite par la production soit d'actes régulièrement inscrits suivant les prescriptions des textes régissant l'état civil des autochtones musulmans, soit, à défaut, au moyen d'un acte établi par le cadi. La réalité des mariages [...] peut exceptionnellement être établie par la preuve testimoniale. »
Cette disposition permet une certaine flexibilité dans la preuve du mariage, notamment dans des contextes historiques d'exception.
- Article L. 141-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre :
- Cinquième et sixième alinéas (depuis le 1er janvier 2017) : « La preuve du mariage (...) est faite par la production d'actes régulièrement inscrits [...] À défaut, cette preuve peut être produite [...] par la coutume locale et ayant date certaine. »
Ces modifications reflètent une évolution du droit, en cherchant à s'adapter aux réalités culturelles et historiques, bien que la jurisprudence appliquée par la cour régionale n'ait pas pris en compte ces dispositions dans sa décision.
Le Conseil d'État confirme l'importance de respecter les principes de procédure judiciaire et d'application des textes de loi applicables, en portant une attention particulière à la preuve du mariage dans des cas complexes comme celui-ci, ce qui justifie la réouverture du dossier et la renvoi à la cour administrative d'appel.