Résumé de la décision
La décision rendue concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soumise par l'association Regards citoyens, contestant la conformité de dispositions législatives relatives à la réutilisation des informations du secteur public par rapport aux droits et libertés garantis par la Constitution. Le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait pas lieu de transmettre cette question au Conseil constitutionnel. La décision repose sur l'examen des articles en question, qui tirent les conséquences nécessaires des dispositions précises et inconditionnelles d'une directive européenne, sans porter atteinte à l'identité constitutionnelle de la France.
Arguments pertinents
1. Conditions de transmission d'une QPC : Le Conseil d'État rappelle que pour qu'une QPC soit transmise au Conseil constitutionnel, il faut que la disposition contestée soit applicable au litige, qu'elle n'ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution, et que la question soit nouvelle ou sérieuse.
> "Il résulte des dispositions de ce même article que le Conseil constitutionnel est saisi de la question prioritaire de constitutionnalité à la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure... et que la question soit nouvelle ou présente un caractère sérieux."
2. Compétence du Conseil constitutionnel : La décision précise que le Conseil constitutionnel n'est pas compétent pour contrôler la conformité des dispositions législatives qui se bornent à appliquer des directives européennes, sauf si cela met en cause des règles ou principes inhérents à l'identité constitutionnelle française.
> "En l'absence de mise en cause d'une règle ou d'un principe inhérent à l'identité constitutionnelle de la France... il n'appartient qu'au juge de l'Union européenne... de contrôler le respect par cette directive des droits fondamentaux."
3. Application aux faits de l'espèce : Les dispositions contestées sont inscrites dans le cadre d'une directive européenne et ne sont pas jugées comme violant des droits constitutionnels, ce qui justifie la décision du Conseil d'État de ne pas transmettre la QPC.
> "Les dispositions issues de l'article 15 de la loi du 28 décembre 2015... se bornent à tirer les conséquences nécessaires des dispositions précises et inconditionnelles des articles 6 et 7 de la directive 2003/98/CE... sans mettre en cause une règle ou un principe inhérent à l'identité constitutionnelle de la France."
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 - Article 23-5 : Cet article définit le cadre dans lequel une QPC peut être soulevée et la nécessité qu’une question soit nouvelle ou sérieuse. Il constitue la base des critères de transmission au Conseil constitutionnel.
> "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé (...) à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat."
2. Constitution - Article 88-1 : Cet article stipule que la France participe à l’Union européenne, et indique que le Conseil constitutionnel n’est pas compétent pour examiner des dispositions législatives qui sont conformes à des directives européennes précises et inconditionnelles.
> "La République participe à l'Union européenne constituée d'États qui ont choisi librement d'exercer en commun certaines de leurs compétences..."
3. Directive 2003/98/CE : La décision repose également sur l'interprétation de cette directive concernant la réutilisation des informations du secteur public, qui ne doit pas contredire des principes constitutionnels, ce qui est aussi un point déterminant de la décision.
En conclusion, le Conseil d'État a jugé que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par l'association Regards citoyens ne remplissait pas les conditions requises pour être transmise au Conseil constitutionnel, puisque les dispositions contestées se bornent à appliquer une directive européenne sans porter atteinte à l'identité constitutionnelle de la France.