Résumé de la décision
La société Cake Valley a contesté la décision du comptable public de procéder au recouvrement de la cotisation foncière des entreprises (CFE) pour les années 2016, 2017 et 2018, ainsi qu'une décision de recouvrement pour l'année 2019. En outre, elle a demandé l'abrogation de l'article R. 121-4 du code des procédures civiles d'exécution. Dans sa décision du 8 juin 2020, l'administration n'a partiellement pas accédé à ces demandes. Le Conseil d'État, après examen, a rejeté la requête de la société, confirmant que les règles de compétence en cette matière sont d'ordre public et que l'article R. 121-4 n'empiète pas sur la compétence législative.
Arguments pertinents
1. Exécution forcée et compétence : Le Conseil d'État rappelle que la compétence pour l'exécution forcée et les saisies conservatoires est normalement réservée aux huissiers de justice, comme le stipule le Code des procédures civiles d'exécution. Cependant, l'article L. 258 A du livre des procédures fiscales permet à des agents de l'administration de procéder à des poursuites pour le recouvrement des créances publiques.
Citation pertinente : "La loi détermine les autres personnes habilitées à procéder, dans les domaines qu'elle fixe, à l'exécution forcée et aux saisies conservatoires au même titre que les huissiers de justice" (Code des procédures civiles d'exécution - Article L. 122-3).
2. Compétence des juridictions : La question de la décharge de l'obligation de payer en raison d'une éventuelle incompétence de l'autorité ayant décidé de la compensation a été analysée. Le Conseil a indiqué que les contestations relatives au recouvrement des impôts doivent être adressées à l'administration, et que les recours doivent être portés devant le juge de l'exécution, ce qui exclut la compétence de la juridiction administrative pour ces questions.
Citation pertinente : "Les controverses relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance" (Livre des procédures fiscales - Article L. 281).
3. Refus d'abrogation de l'article R. 121-4 : Le Conseil d'État a précisé que l'article R. 121-4 n'a pas pour effet de définir les compétentes du recouvrement forcé, mais stipule que les règles de compétence du juge de l'exécution sont d'ordre public.
Citation pertinente : "Les règles de compétence prévues au présent code sont d'ordre public" (Code des procédures civiles d'exécution - Article R. 121-4).
Interprétations et citations légales
Dans cette décision, le Conseil d'État interprète plusieurs dispositions législatives en relation avec le recouvrement des créances publiques et la compétence des juridictions.
- Code des procédures civiles d'exécution - Article L. 122-1 : Cet article précise que seuls les huissiers de justice peuvent procéder à l'exécution forcée. Toutefois, l'article L. 258 A organise une exception en permettant à certains agents de l'administration de également effectuer des poursuites, un point crucial lors de l'examen de la légalité des actions du comptable public.
- Livre des procédures fiscales - Article L. 281 : Cet article exclut la possibilité de contester le bien-fondé de la créance lors des recours contre le recouvrement des impôts. Cela souligne le cadre procédural strict dans lequel les contribuables doivent naviguer pour contester des décisions fiscales.
- Code des procédures civiles d'exécution - Article R. 121-4 : Ce texte établit que les règles de compétence sont d'ordre public, ce qui signifie qu'elles ne peuvent être modifiées par convention ou interprétation à l'extérieur des règles légales et réglementaires établies.
Cette décision illustre la spécificité des procédures de recouvrement fiscal et les compétences réservées aux juridictions administratives et aux agents publics, conformément aux dispositions législatives applicables. La clarté et la rigueur de ces normes sont essentielles pour protéger l'intérêt public tout en encadrant les droits des contribuables.