Résumé de la décision
La décision concerne une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par la société Eurofrance devant le Conseil d'État. Cette dernière contestait la conformité à la Constitution de dispositions du code général des impôts, en particulier celles relatives au taux de la retenue à la source appliquée aux produits payés hors de France dans des États ou territoires non coopératifs. Eurofrance soutenait que ces dispositions méconnaissaient plusieurs principes constitutionnels, notamment le principe d'égalité devant les charges publiques. Le Conseil d'État a jugé que la question posée présentait un caractère sérieux et a donc renvoyé la question au Conseil constitutionnel pour examen.
Arguments pertinents
1. Applicabilité et nouveauté de la QPC: Selon l'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067, un moyen tiré d'une atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé dans le cadre d'instances devant le Conseil d'État, à condition que la disposition contestée soit applicable et non déclarée conforme à la Constitution précédemment. Dans ce cas, le Conseil d'État a reconnu que les dispositions en question étaient applicables au litige et non antérieurement validées.
2. Caractère sérieux de la question soulevée: Le Conseil d'État a déclaré que la question de l'équité devant les charges publiques, soulevée par Eurofrance, présentait un caractère sérieux, car elle pourrait impliquer une présomption irréfragable défavorable aux contribuables. Il cite que ces dispositions pourraient ainsi entraver la possibilité pour le contribuable de prouver que les opérations taxées n'ont pas seulement pour objectif d'éviter la localisation des distributions dans des États non coopératifs.
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-5: Cet article fixe le cadre pour la possibilité de soulever une QPC, stipulant que "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé [...] à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État [...]". Cela souligne l'importance d’une appréciation des dispositions législatives sur leur impact constitutionnel.
2. Code général des impôts - Article 187: L’article 2 de l'article 187 précise que "Le taux de la retenue à la source prévue au 2 de l'article 119 bis est fixé à 75 % pour les produits [...] payés hors de France, dans un Etat ou territoire non coopératif". Cette règle précise le traitement fiscal des revenus selon la localisation, et devient ainsi un point crucial de litige.
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Article 13: C’est un des fondements avancé par Eurofrance, stipulant que "La contribution commune est nécessaire à la défense de la patrie et au bien-être de tous". Cette citation renforce l'argument selon lequel toute imposition doit respecter l'égalité entre les citoyens et ne pas créer de discriminations fiscales injustifiées.
En conclusion, la décision du Conseil d'État de renvoyer la question au Conseil constitutionnel se fonde sur la nécessité d’examiner des situations où des dispositions fiscales peuvent potentiellement engendrer des inégalités significatives et remettent en cause le principe d'égalité devant les charges publiques, ainsi que les droits fondamentaux des contribuables.