Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société Virojanglor conteste l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles concernant la déductibilité d'un "droit d'entrée" versé dans le cadre d'un contrat de bail. La société a signé un bail de douze ans pour des locaux et a comptabilisé un "droit d'entrée" de 350 000 euros comme une immobilisation incorporelle, qu'elle a amortie sur six ans. L'administration fiscale a contesté cet amortissement en considérant que ce "droit d'entrée" ne pouvait pas être amorti. Le Conseil d'État annule les décisions antérieures en jugeant qu'une recherche sur l'amortissement de certains éléments du droit d'entrée aurait dû être faite, considérant que certains de ces avantages avaient une durée d'effet limitée.
Arguments pertinents
1. Élément d'amortissement : Le Conseil d'État souligne que pour qu'un élément incorporel soit amortissable, il doit être établi que ses effets bénéfiques prendront fin à une date déterminée. À cet égard, il a noté que l'absence de recherche de ce critère par la cour administrative d'appel constituait une erreur de droit.
Citation pertinente : "Un élément incorporel de l'actif immobilisé ne peut faire l'objet d'une dotation annuelle à un compte d'amortissements que s'il est normalement prévisible, dès sa création ou son acquisition, que ses effets bénéfiques sur l'exploitation de l'entreprise prendront fin nécessairement à une date déterminée."
2. Durée du bail et avantages concomitants : Le Conseil d'État a mis en lumière les stipulations du contrat concernant la durée exceptionnelle de douze ans et la renonciation à la résiliation par le bailleur, qui, selon lui, sont des éléments qui devraient être pris en compte pour déterminer les conditions d’amortissement de la somme versée.
Citation pertinente : "la somme de 350 000 euros avait été versée en contrepartie non seulement de la durée exceptionnelle de douze années du bail mais aussi de la renonciation du bailleur à sa faculté de résiliation pendant six ans."
Interprétations et citations légales
1. Code général des impôts - Article 38 : Cet article précise que le bénéfice imposable est déterminé en tenant compte des résultats d'ensemble des opérations de l'entreprise, incluant les cessions d'éléments de l'actif, et évoque également le concept de bénéfice net.
Passage pertinent : "Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt."
2. Code général des impôts - Article 39 : Cet article nourrit le cadre des charges déductibles, notamment celles concernant les frais généraux et l'amortissement. Insistant sur le fait que les amortissements doivent être effectués dans la limite de ceux qui sont généralement admis.
Passage pertinent : "Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant (...) notamment : 1°) Les frais généraux de toute nature, (...) le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire."
En conclusion, la décision du Conseil d'État a mis en avant le besoin d'une analyse approfondie concernant les critères d'amortissement pour les éléments incorporels, en renforçant l'idée que certaines stipulations contractuelles peuvent justifier une déductibilité fiscale. L'arrêt révèle également la place essentielle des précisions contractuelles dans l'évaluation de la valeur des actifs de l'entreprise et leurs conséquences fiscales.