Résumé de la décision
L'État du Koweït, par l'intermédiaire du Kuweit Investment Authority, conteste la décision de la cour administrative d'appel de Versailles qui a confirmé l'imposition de cotisations d'impôt sur les sociétés pour les exercices 2010 et 2011, concernant la location d'un bien immobilier, la "Tour Manhattan", située à La Défense, en France. Le tribunal a rejeté le pourvoi de l'État du Koweït, estimant que son activité de location doutait d'une exploitation à caractère lucratif, et n'a pas ordonné à l'État français de verser des frais de justice.
Arguments pertinents
1. Assujettissement à l'impôt sur les sociétés : Selon l’article 206 du code général des impôts, tous les organismes se livrant à des opérations de caractère lucratif, y compris les États étrangers, peuvent être assujettis à l'impôt sur les sociétés. La cour a argué que l’activité de location d'un bien immobilier par l'État du Koweït présente un caractère lucratif en raison des conditions de marché.
2. Caractère commercial : La cour a distingué le caractère non-commercial de l’activité immobilière de l'État en affirmant que la location d'immeubles devait se qualifier par les conditions de l’activité et les prix pratiqués. Il a été souligné que l’activité était comparable à celle d’entreprises privées.
3. Rejet de la qualification inopérante : L'argument de l'État du Koweït selon lequel son activité ne devait pas être soumise à l'impôt sur les sociétés en raison de son caractère désintéressé a été écarté par la cour, et il a été précisé qu'il n'y a pas d'exemption pour les États d'une telle imposition sous prétexte que leur gestion est désintéressée.
Interprétations et citations légales
- Code général des impôts - Article 206 : Cet article stipule que "sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quelle que soit leur objet, les sociétés anonymes, les sociétés en commandite par actions, et, sous réserve des dispositions pertinentes, toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif". Cela inclut explicitement les États étrangers lorsqu'ils réalisent des activités lucratives.
- Activation des conditions particulières d’activité : La cour a noté que l'activité de location de la "Tour Manhattan" était effectuée dans des conditions semblables à celles des entreprises privées, utilisant des tarifs de marché et attirant des clients de nature commerciale. En citant ces circonstances, la cour a affirmé que cela constitue un indicateur clair de caractère lucratif (« en déduisant de ces constatations que l'activité ainsi exercée par l'État du Koweït relevait d'une exploitation à caractère lucratif »), ce qui justifie l'application de l'impôt sur les sociétés.
- Article L. 761-1 du Code de justice administrative : Cet article stipule que "les frais de justice ne peuvent être mis à la charge d'une partie qui n'est pas la partie perdante". La cour a donc conclu que l'État du Koweït n'étant pas la partie perdante, il n'était pas droit à des frais de justice.
En somme, la décision confirme que les activités économiques des États étrangers doivent faire l'objet d'une considération impartiale et sont soumises aux mêmes réglementations fiscales que celles appliquées aux entités privées, tant que ces activités sont lucratives.