Résumé de la décision
Dans cette décision, le Conseil d'État a examiné une question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la société Enedis, qui contestait la conformité de l'article L. 341-3 du code de l'énergie à l'article 21 de la Constitution. Enedis soutenait que cet article, confiant à la Commission de régulation de l'énergie le pouvoir de fixer le niveau et la structure des tarifs d'utilisation des réseaux publics de transport et de distribution d'électricité sans un encadrement suffisant, violait les prérogatives du Premier ministre en matière de réglementation. Le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, en arguant que la règle posée par l'article 21 n'était pas au nombre des droits et libertés garantis par la Constitution.
Arguments pertinents
1. Application des conditions de renvoi : Le Conseil d'État a souligné que, selon l'article 61-1 de la Constitution et l'article 23-5 de l’ordonnance du 7 novembre 1958, le Conseil constitutionnel peut être saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité uniquement si celle-ci concerne une disposition applicable au litige, qui n'a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution, et si elle est nouvelle ou sérieuse.
2. Sur la compétence du Premier ministre : Le Conseil d'État a reconnu que l'article 21 de la Constitution attribue au Premier ministre la responsabilité de l'exécution des lois et l'exercice du pouvoir réglementaire. Toutefois, il a noté que cette règle n'est pas considérée comme un droit ou une liberté protégé par la Constitution lorsqu'il s'agit de soulever une question prioritaire.
- Citation pertinente : « [...] le législateur ne peut confier à une autorité de l'État autre que le Premier ministre [...] que [...] des mesures de portée limitée tant par leur champ d'application que par leur contenu. »
3. Conclusion sur le renvoi : En conséquence, le Conseil d'État a jugé que la question posée par Enedis ne pouvait être considérée comme une atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution et qu’il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.
Interprétations et citations légales
1. Article 61-1 de la Constitution : Cet article établit les critères pour la saisine du Conseil constitutionnel concernant une disposition législative : « Lorsque, à l'occasion d'une instance en cours [...] il est soutenu qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit [...] ».
2. Article 21 de la Constitution : Cet article précise que « Le Premier ministre dirige l'action du Gouvernement [...] et assure l'exécution des lois ». Cela confère une responsabilité au Premier ministre dans l’exercice du pouvoir réglementaire.
3. Code de l'énergie - Article L. 341-3 : Cet article stipule que « Les méthodes utilisées pour établir les tarifs d'utilisation des réseaux publics de transport et de distribution d'électricité sont fixées par la Commission de régulation de l'énergie. »
4. Ordonnance du 7 novembre 1958 - Article 23-5 : Cet article déclare que « Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé [...] à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État [...] ».
Cette décision illustre la complexité des interactions entre le pouvoir législatif, réglementaire, et les procédures de contrôle constitutionnel en France, soulignant le rôle prépondérant du Conseil d'État dans l'interprétation des normes constitutionnelles et législatives.