Résumé de la décision
La société BPCE a introduit un pourvoi devant le Conseil d'État, contestando la légalité d’un arrêt antérieur concernant la conformité de certaines dispositions fiscales. Les articles contestés (a et b du 1 de l'article 220 du code général des impôts) portent sur l'imputation des retenues à la source sur les revenus de capitaux mobiliers. Suite à ces interrogations sur la conformité de ces dispositions avec la Constitution, notamment en ce qui concerne l’égalité devant la loi et le droit de propriété, le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question au Conseil constitutionnel. Il a aussi suspendu le pourvoi jusqu'à ce que le Conseil constitutionnel se prononce.
Arguments pertinents
1. Applicabilité des dispositions contestées : Le Conseil d'État a d'abord confirmé que les dispositions du a du 1 de l'article 220 du code général des impôts, qui régissent l'imputation de l'impôt retenu à la source, sont applicables au litige. Cela a été constaté dans le contexte des revenus de source française et étrangère perçus au cours d'un exercice.
> "Les dispositions du a du 1 de l'article 220 du code général des impôts, qui ont valeur législative, sont applicables au litige..."
2. Conformité à la Constitution : Le Conseil a reconnu qu'aucune décision antérieure du Conseil constitutionnel n'avait déclaré ces dispositions conformes à la Constitution. Il a souligné que les arguments de BPCE, concernant l'absence de possibilité de reporter les crédits d'impôt non utilisés sur les exercices suivants, soulèvent une question sérieuse en matière de conformité aux principes d'égalité et de droit de propriété.
> "Ces dispositions méconnaissent les principes d'égalité devant la loi et d'égalité devant les charges publiques garantis... ainsi que le droit de propriété."
3. Renvoyer au Conseil constitutionnel : En raison de la gravité des questions soulevées, le Conseil d'État a pris la décision de renvoyer la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel.
> "Il y a lieu de renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité soulevée."
Interprétations et citations légales
Le Conseil d'État s'appuie sur plusieurs textes juridiques pour justifier sa décision :
1. Article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 : Cet article précise les conditions dans lesquelles une question de constitutionnalité peut être soulevée. En particulier, il indique que la question doit être applicable au litige et non avoir déjà été déclarée conforme à la Constitution.
> "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé, y compris pour la première fois en cassation..."
2. Code général des impôts - Article 220 : Cet article régule spécifiquement l'imputation des retenues à la source sur les revenus de capital. Les sous-alinéas (a) et (b) établissent le cadre pour l'imputation sur l’impôt dû.
> "La retenue à la source... est imputée sur le montant de l'impôt à sa charge... Toutefois, la déduction ne peut excéder la fraction de ce dernier impôt correspondant au montant desdits revenus."
3. Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen (DDHC) :
- Article 6 : Énonce le principe d'égalité devant la loi.
- Article 13 : Concerne l'égalité devant les charges publiques.
- Article 2 et 17 : Évoquent le droit de propriété.
L'analyse met en exergue les tensions entre la législation fiscale actuelle et les principes constitutionnels d'égalité et de propriété, soulignant ainsi les enjeux juridiques significatifs posés par les dispositions fiscales en question.