Résumé de la décision
Dans le cadre d'une vérification de comptabilité de la société Corsica Sole 2, l'administration fiscale a contesté la déduction des amortissements dégressifs d'une structure métallique supportant des panneaux photovoltaïques, ainsi que son éligibilité au crédit d'impôt pour investissements en Corse. Le tribunal administratif a partiellement donné raison à la société, mais cet arrêt a été contesté en appel par le ministre de l'économie. La cour administrative d'appel de Marseille a réduit le montant des cotisations supplémentaires, mais a maintenu une partie du jugement. Le ministre a ensuite formé un pourvoi en cassation, qui a abouti à l'annulation de certains articles de l'arrêt contesté.
Arguments pertinents
1. Régime de l'amortissement dégressif : L'administration a soutenu que la structure métallique, en tant que hangar agricole, ne remplissait pas les conditions nécessaires pour ouvrir droit à l'amortissement dégressif et au crédit d'impôt, car elle n'est pas un bâtiment industriel dont la durée normale d'utilisation n'excède pas quinze ans. Ainsi, la cour a statué que "un hangar à usage agricole composé d'une charpente métallique [...] n'ouvre pas droit à l'amortissement dégressif."
2. Indissociabilité des éléments : La cour a reconnu que, même si la structure métallique et les panneaux photovoltaïques étaient matériellement indissociables, cela ne justifiait pas leur éligibilité à des avantages fiscaux basés sur l'amortissement dégressif. La cour a ainsi fait preuve d'une erreur de droit en liant ces éléments à un régime fiscal où la nature de l'utilisation est déterminante.
3. Décision : Le Conseil d'État a donc annulé les articles concernés de l'arrêt, réaffirmant que le ministre était fondé à contester la décision et renvoyant l'affaire à la cour administrative d'appel de Marseille pour un nouveau jugement.
Interprétations et citations légales
1. Conditions d'amortissement dégressif : Il convient d'examiner le Code général des impôts - Article 39 A, qui énonce clairement les conditions dans lesquelles l'amortissement dégressif peut s'appliquer. L'article stipule que « L'amortissement des biens d'équipement [...] peut être calculé suivant un système d'amortissement dégressif [...] » et précise que cela ne s'applique pas aux bâtiments dont la durée normale d'utilisation dépasse quinze ans.
2. Crédit d'impôt pour investissements : Selon le Code général des impôts - Article 244 quater E, les entreprises peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt sous certaines conditions, lesquelles incluent notamment qu'il s'agisse de "biens d'équipement amortissables". Les conditions d'éligibilité précisent les types de biens applicables, et en l'occurrence, la structure métallique n'entrait pas dans ces catégories.
3. Interprétation des relations entre éléments : La cour a, par erreur, fondé sa décision sur l'indissociabilité matérielle des éléments, ce qui n'est pas suffisant au regard des textes fiscaux régissant l'amortissement. En se basant sur cette logique, la cour a omis de considérer la qualification juridique de la structure et son usage principal, qui ne correspondait pas à un bien éligible au régime dégressif.
En synthèse, l'arrêt du Conseil d'État souligne l'importance de la nature et de l'utilisation des biens dans le cadre des régimes d'amortissement et de crédit d'impôt, en fonction des critères strictement établis par la législation fiscale.