Résumé de la décision
La SARL Gunes a contesté un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis ordonnant la fermeture temporaire de son établissement pour une durée d’un mois, en raison de constatations de travail illégal. Elle a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil pour suspendre cet arrêté, se fondant sur une atteinte à la liberté d'entreprendre, au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Toutefois, le juge des référés a rejeté sa demande en estimant que les conditions requises n'étaient pas satisfaites. En appel, le Conseil d'État a annulé l'ordonnance du juge des référés, estimant qu'il avait fait une inexacte interprétation de la demande et a rejeté la demande de la SARL Gunes, considérant que la décision du préfet ne portait pas atteinte manifestement illégale à la liberté d'entreprendre.
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Arguments pertinents
1. Inexacte interprétation de la demande : Le juge des référés a fait une erreur en considérant que la SARL Gunes avait fondé sa demande sur l'article L. 521-1 au lieu de l'article L. 521-2. Ce dernier permet de protéger une liberté fondamentale, ici la liberté d'entreprendre. Le Conseil d'État souligne que la demande de suspension était justifiée par l'urgence et l'atteinte à la liberté d'entreprendre.
2. Liberté d'entreprendre et respect de la réglementation : Le Conseil d'État a jugé que la liberté d'entreprendre, bien qu'étant une liberté fondamentale, doit être exercée dans le respect de la législation. Il a été établi qu’il y avait des cas de travail illégal au sein de l’établissement de la SARL Gunes, ce qui justifie la décision du préfet de fermer temporairement l’établissement. Le juge conclut que la mesure prise par le préfet n’était pas manifestement illégale : "le préfet n'a pas manifestement excédé les pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail."
3. Diligence prévue par la loi : Le préfet a respecté la procédure prévue dans l'article R. 8272-7 du code du travail en permettant à la SARL Gunes de présenter ses observations avant de prendre l'arrêté.
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Interprétations et citations légales
1. Article L. 521-2 du code de justice administrative : Cet article permet au juge des référés d'ordonner des mesures urgentes pour sauvegarder une liberté fondamentale. Le Conseil d'État a rappelé que "la liberté d'entreprendre constitue une liberté fondamentale" tout en soulignant que celle-ci doit être exercée dans le cadre légal en vigueur.
2. Article L. 8272-2 du code du travail : Cet article confère au préfet la compétence pour ordonner des mesures de fermeture d’un établissement en cas de travail illégal. Le jugement considère que le préfet n’a pas excédé ses pouvoirs en prenant la décision de fermeture dans un contexte d'infractions déjà constatées.
3. Article R. 8272-7 du code du travail : Cet article impose que le préfet mette l’établissement en mesure de présenter ses observations avant de prendre une décision. Le jugement a conclu que l’autorité administrative avait respecté cette exigence, renforçant ainsi la légitimité de son arrêté.
En résumé, le Conseil d'État a pris soin de clarifier que, bien que la procédure de référé ait été mal comprise par le juge des référés du tribunal administratif, la décision de fermeture prise par le préfet était justifiée par des violations répétées des dispositions légales relatives à l'emploi.