Résumé de la décision
La SCEA La Lucate a été assujettie à une taxe exceptionnelle sur la réserve spéciale des plus-values à long terme, en raison d'une vérification de sa comptabilité pour la période allant du 1er décembre 2004 au 30 novembre 2005. Suite à un contrôle, un redressement a été opéré, et la société a contesté cet avis devant le tribunal administratif de Bordeaux, qui a rejeté sa demande. La cour administrative d'appel de Bordeaux a ensuite annulé ce jugement en faveur de la SCEA. Le ministre des finances a alors formé un pourvoi en cassation, qu'il a remporté, conduisant à l'annulation de l'arrêt de la cour d'appel et au rejet de la demande de décharge par la SCEA.
Arguments pertinents
L'une des questions centrales de cette affaire était la détermination de la date à laquelle la prescription d'imposition a été interrompue. La cour a commis une erreur en considérant que la notification de la proposition de rectification n'était effective qu'à la date d'accusé de réception, soit le 16 janvier 2009, alors que selon la réglementation, la prescription était interrompue au moment de la présentation du pli le 20 décembre 2008. La décision du Conseil d'État souligne que selon l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, « le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due » et que la date d'interruption de la prescription est celle de la présentation du pli, peu importe d'éventuels retards du service postal.
Interprétations et citations légales
La décision repose sur plusieurs dispositions légales qui encadrent le droit de reprise de l’administration fiscale :
1. Code général des impôts - Article L. 169 : Cet article précise que le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant l'année d'imposition, ce qui a été une clé pour déterminer si l'administration avait encore le droit de poursuivre la SCEA La Lucate.
2. Code général des impôts - Article L. 189 : Il stipule que “la prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification.” Le Conseil d'État a confirmé que la présentation du pli le 20 décembre 2008 marquait la date d'interruption.
La décision a également mis en lumière que la notion de "notification" doit être interprétée en tenant compte des règles postales, le Conseil notant que même si la SCEA n’a pas pu retirer le pli immédiatement, cela ne changeait pas le fait que la proposition avait été considérée comme notifiée à la date de sa présentation.
En conclusion, le Conseil d'État a souligné l'importance du respect des délais légaux et a rejeté les arguments de la SCEA, confirmant que la proposition de rectification était valide et que l'administration fiscale pouvait agir dans les délais impartis.