Résumé de la décision
La décision concerne un pourvoi de la SAS Comptoir de Bonneterie Rafco, qui contestait un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris en matière de crédit d'impôt pour dépenses de recherche. Cette affaire soulève la question de la constitutionnalité de certaines dispositions du code général des impôts (CGI) qui, selon la requérante, créeraient une inégalité de traitement entre les entreprises industrielles et commerciales, particulièrement dans le secteur textile-habillement-cuir. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel, jugeant que les dispositions contestées pourraient porter atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, notamment le principe d'égalité. En conséquence, le Conseil d'État a également décidé de surseoir à statuer sur le pourvoi de la SAS Comptoir de Bonneterie Rafco jusqu'à ce que le Conseil constitutionnel se prononce.
Arguments pertinents
1. Application de l'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 : Le Conseil d'État rappelle que la disposition législative contestée doit être applicable au litige, ne doit pas avoir été déclarée conforme à la Constitution et doit soulever une question nouvelle ou sérieuse. La décision reiterate que les conditions de recevabilité de la question prioritaire de constitutionnalité sont remplies dans ce cas.
2. Inégalité de traitement : L'article 244 quater B du CGI, qui définit les conditions d'octroi du crédit d'impôt pour recherche, a été critiqué pour introduire une inégalité entre entreprises. Le Conseil d'État observe que « les entreprises commerciales du secteur textile-habillement-cuir [...] supportent, comme les entreprises regardées comme industrielles, des dépenses de recherche », ce qui soulève des préoccupations concernant l'application inégale des dispositions fiscales.
3. Absence de justification d'intérêt général : Le Conseil d'État s'interroge sur la justification de cette différence de traitement, arguant qu’elle « ne serait pas justifiée par un motif d'intérêt général et ne présenterait aucun rapport direct avec l'objet de la loi ». Cette affirmation vient renforcer la prise en compte des principes d'égalité devant la loi et devant les charges publiques.
Interprétations et citations légales
1. Article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 :
- Cet article précise que "le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'État". Dans cette décision, le Conseil d'État établit une procédure claire pour évaluer la constitutionnalité des dispositions du CGI.
2. Code général des impôts - Article 244 quater B :
- Ce texte précise que "les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel [...] peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche". Ici, le Conseil d'État souligne l'importance de la qualification d'« industriel » et la nécessité d'une évaluation des moyens techniques investis par les entreprises, qui doit être appliquée de manière uniforme à toutes les entreprises du secteur.
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen - Articles 6 et 13 :
- Ces articles garantissent les droits fondamentaux, tels que "l'égalité devant la loi". Dans le contexte de cette décision, les arguments basés sur ces articles renforcent l'idée que des dispositions fiscales discriminatoires pourraient contrevenir aux principes d'égalité et d'équité.
La présente analyse met en avant la complexité des questions de constitutionnalité soulevées dans cette affaire et souligne l'importance des principes juridiques fondamentaux en matière de fiscalité et d'égalité de traitement. Le renvoi au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État est une étape cruciale pour déterminer la légitimité des dispositions contestées.