Résumé de la décision
M. B A a contesté une décision du 16 mars 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin avait confirmé une réduction de 40 % de son allocation de revenu de solidarité active pour le mois de novembre 2019, en raison du non-renouvellement de son contrat d'engagements réciproques. Le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande comme tardive par un jugement du 18 mars 2022. M. A a alors formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, qui a annulé le jugement du tribunal administratif, considérant qu'il n'avait pas correctement appliqué les règles relatives aux délais de recours pendant la période d'urgence sanitaire.
Arguments pertinents
1. Erreur de droit sur la tardiveté du recours : Le tribunal administratif a rejeté la contestation de M. A comme tardive sans examiner si le délai de recours était effectivement expiré entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020, période durant laquelle les délais étaient prorogés en raison de l'état d'urgence sanitaire. Le Conseil d'État a souligné que "c'est seulement lorsque le délai de recours légalement imparti devant les juridictions administratives est expiré entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus que son échéance est, en application de ces dispositions, reportée au 24 août 2020".
2. Conséquences de l'erreur : En ne vérifiant pas la date de notification de la décision contestée, le tribunal a commis une erreur de droit, ce qui a conduit à l'annulation de son jugement. Le Conseil d'État a précisé que M. A était fondé à demander l'annulation du jugement sans qu'il soit nécessaire d'examiner d'autres moyens de son pourvoi.
Interprétations et citations légales
1. Application des délais de recours : Le Conseil d'État a fait référence à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, qui stipule que "la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée". Cela souligne l'importance de la notification pour le calcul des délais de recours.
2. Prorogation des délais en période d'urgence : L'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 a été citée pour illustrer que "tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité... et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps". Cette disposition a été essentielle pour déterminer que le délai de recours de M. A devait être prorogé.
3. Conséquences de l'annulation : Le Conseil d'État a décidé de renvoyer l'affaire au tribunal administratif de Strasbourg pour qu'il soit statué sur le fond, tout en condamnant la Collectivité européenne d'Alsace à verser une somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, qui prévoit la prise en charge des frais de justice pour la partie gagnante.
En conclusion, cette décision illustre l'importance de la notification dans le calcul des délais de recours et la prise en compte des circonstances exceptionnelles, comme l'état d'urgence sanitaire, dans l'application des règles de procédure administrative.