Résumé de la décision
L'association Défense des milieux aquatiques a contesté un arrêté du préfet de la Gironde qui réglemente la pêche en eau douce, en particulier l'autorisation de la pêche de certaines espèces et l'utilisation de certains types de filets. Le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a suspendu l'exécution de l'arrêté concernant la pêche à la lamproie marine, mais a rejeté les autres demandes de suspension. L'association a alors formé un pourvoi devant le Conseil d'État, qui a admis les conclusions relatives à la suspension de la pêche de la lamproie fluviatile et de l'alose feinte, ainsi que l'usage des filets dérivants, des filets fixes et des verveux, tout en rejetant le surplus des conclusions.
Arguments pertinents
1. Erreur de droit sur l'évaluation environnementale : L'association a soutenu que le juge des référés a commis une erreur en considérant que l'arrêté ne nécessitait pas d'évaluation environnementale préalable, ce qui aurait dû entraîner la suspension de l'arrêté selon l'article L. 122-11 du code de l'environnement. Le Conseil d'État a reconnu la pertinence de ce moyen, indiquant qu'il y avait lieu d'admettre les conclusions du pourvoi sur ce point.
2. Insuffisance de motivation sur l'urgence : L'association a également argué que l'ordonnance du juge des référés manquait de motivation suffisante concernant l'urgence de suspendre l'arrêté pour les autres espèces et types de filets. Le Conseil d'État a jugé que ce point méritait d'être examiné.
3. Doute sérieux sur la légalité de l'arrêté : L'association a fait valoir que le juge a écarté trop rapidement tout doute sérieux sur la légalité de l'arrêté, en raison de l'absence d'évaluation environnementale. Le Conseil d'État a admis ce moyen, soulignant l'importance de l'évaluation environnementale dans ce contexte.
Interprétations et citations légales
1. Code de l'environnement - Article L. 122-11 : Cet article stipule que "lorsqu'un acte administratif est susceptible d'affecter l'environnement, il doit faire l'objet d'une évaluation environnementale préalable". Le Conseil d'État a interprété cet article comme imposant une obligation d'évaluation pour l'arrêté en question, ce qui a conduit à la suspension de certaines de ses dispositions.
2. Code de l'environnement - Article L. 414-4 : Cet article précise que "les projets d'actes réglementaires qui peuvent avoir des incidences notables sur l'environnement doivent être soumis à une évaluation environnementale". Le Conseil d'État a souligné que l'arrêté du préfet, en autorisant la pêche de certaines espèces, devait être soumis à cette évaluation.
3. Code de justice administrative - Article L. 521-1 : Cet article permet au juge des référés de suspendre l'exécution d'un acte administratif en cas d'urgence. Le Conseil d'État a examiné si l'urgence était suffisamment motivée dans le cas de la suspension demandée par l'association, ce qui a conduit à l'admission de certaines conclusions du pourvoi.
En conclusion, la décision du Conseil d'État met en lumière l'importance de l'évaluation environnementale dans la réglementation des activités ayant un impact sur les milieux aquatiques, tout en soulignant les exigences de motivation et d'examen des doutes sur la légalité des actes administratifs.