Résumé de la décision
La Cour de cassation, chambre commerciale, a rendu un arrêt en date du 5 mai 2015, concernant une dispute entre deux créanciers hypothécaires, le Crédit agricole et le Crédit mutuel, suite à la liquidation judiciaire de la société Alep. Les deux banques avaient accordé des prêts garantis par des hypothèques inscrites le même jour. Après la vente d'un bien immobilier de la société, la répartition du solde entre les créanciers a fait l'objet de débats. La cour d'appel a décidé que le solde disponible devait être réparti entre les banques au prorata de leurs créances admises au passif de la liquidation judiciaire. Le Crédit mutuel a contesté cette décision, arguant que la répartition aurait dû se faire selon l'ordre des inscriptions hypothécaires. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi du Crédit mutuel, confirmant la décision de la cour d'appel.
Arguments pertinents
1. Principe de la contribution : La Cour de cassation a appliqué le principe selon lequel, lorsque deux inscriptions hypothécaires sont prises le même jour sur le même immeuble et que les biens du débiteur sont insuffisants, la répartition des deniers se fait par contribution. Elle a cité l'application combinée des textes pertinents pour justifier cette approche :
- Code civil - Article 2425, alinéa 4 : Cet article stipule que plusieurs inscriptions prises le même jour viennent en concurrence, quelle que soit leur position au registre.
2. Admissibilité des créances : La décision a clarifié que la répartition des deniers obtenus de la réalisation de l'immeuble grevé doit être effectuée en fonction du montant des créances hypothécaires admises, et non des montants initialement inscrits :
> "La cour d'appel en a exactement déduit que le solde du prix de vente de l'immeuble grevé devait être distribué entre les banques à proportion du montant de leurs créances admises."
Interprétations et citations légales
L'analyse des textes de loi a révélé plusieurs points cruciaux :
1. Code civil - Article 2285 : Cet article établit que les hypothèques confèrent aux créanciers un droit sur l'immeuble hypothéqué, mais précisant que les biens grevés de plusieurs hypothèques peuvent donner lieu à une répartition proportionnelle en cas d'insuffisance de ceux-ci pour satisfaire les créanciers.
2. Code civil - Article 2425, alinéa 4 : Il stipule que les inscriptions hypothécaires doivent être considérées comme venant en concurrence si elles sont prises le même jour et en vertu de titres de même date, ce qui laisse à la cour le droit de décider la manière dont elles doivent être réparties lors de la liquidation.
3. Code de commerce - Articles L. 642-12 et L. 642-18 : Celles-ci régissent les procédures collectives et le traitement des créances, renforçant le principe que la liquidation doit respecter un ordre de priorité entre créanciers, sans égard au montant des inscriptions mais plutôt au quantum des créances dûment admises.
La décision de la Cour de cassation met en lumière l’importance de la distinction entre l’ordre d’inscription et le montant des créances admises dans le cadre des procédures de liquidation judiciaire, affirmant ainsi que la justice doit se fonder sur la réalité des créances pour déterminer la répartition des deniers.