Résumé de la décision
La Cour de cassation, chambre commerciale, a examiné un pourvoi de Mme X..., liquidateur de la société Les Artisans bâtisseurs, qui contestait la décision de la cour d'appel ayant déclaré irrecevable son action tendant à la condamnation de M. Y..., gérant de la société, au titre de son obligation aux dettes sociales. La cour d'appel avait fondé sa décision sur la prescription de l'action, étant donné que la liquidation judiciaire de la société avait été prononcée le 21 novembre 2003 et que l'action avait été engagée le 12 février 2009, excédant le délai de trois ans imposé par l'article L. 652-4 du Code de commerce. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi, confirmant la décision d'irrecevabilité.
Arguments pertinents
1. Prescription de l'action :
La Cour a relevé que la demande en obligation aux dettes sociales, fondée sur l'article L. 652-4 du Code de commerce, était soumise à une prescription de trois ans à compter du jugement de liquidation judiciaire. La date de signification des conclusions par le liquidateur, fixée au 12 février 2009, dépassait cette période, ce qui a conduit à la déclaration de prescription.
> "la demande de Maître X... ayant été formulée dans ses conclusions signifiées le 12 février 2009, alors que la liquidation judiciaire de la société Les Artisans Bâtisseurs avait été prononcée par le tribunal de commerce de Marennes le 21 novembre 2003, force est de constater la prescription de l'action."
2. Inapplicabilité des actes interrompant la prescription :
La Cour a également précisé que les poursuites engagées à l’encontre du dirigeant n’interrompaient pas la prescription de l’action en obligation aux dettes sociales, comme l’indiquent les dispositions de l’article L. 652-4.
> "les poursuites engagées à l'encontre du dirigeant aux fins de redressement ou de liquidation judiciaire n'ayant pas pour effet d'interrompre la prescription"
Interprétations et citations légales
1. Code de commerce - Article L. 652-4 :
Cet article stipule que l'action en comblement de passif, c'est-à-dire la responsabilité des dirigeants pour les dettes sociales, se prescrit par trois ans à compter du jugement déclarant la liquidation judiciaire. L’interprétation de cet article signalé par la Cour montre que la période de prescription est fixe et ne peut être modifiée par des actes pris dans d'autres procédures.
2. Code civil - Article 2241 :
Cet article traite de l'interruption de la prescription, précisant que certaines actions peuvent suspendre ou interrompre le délai de prescription. Dans ce cas spécifique, la Cour de cassation a statué que les actes entrepris pour engager des poursuites à l’encontre du dirigeant ne bénéficient pas d'un effet interruptif sur la prescription applicable à l'action en obligation aux dettes sociales.
> "la cour d'appel a violé l'article L. 652-4 du code de commerce, ensemble l'article 2241 du code civil."
Conclusion
La décision de la Cour de cassation réaffirme ainsi le principe de non-interruption de la prescription en matière de responsabilité des dirigeants dans le cadre de la liquidation judiciaire, établissant clairement que les délais de prescription prévus par le Code de commerce doivent être strictement respectés. Cette jurisprudence a un impact important sur le traitement des actions en comblement de passif et la responsabilité des dirigeants d'entreprises en difficulté.