Résumé de la décision
La Cour de cassation a cassé et annulé l'arrêt rendu le 2 juillet 2009 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence qui avait débouté M. et Mme X... de leur demande d'indemnisation pour perte de plus-value liée à une expropriation irrégulière. Les époux avaient été expropriés en 1999 et, après que l'ordonnance d'expropriation ait été annulée, ils ont demandé des dommages-intérêts en raison de la perte de jouissance et de plus-value. La Cour a estimé que leur droit à des dommages-intérêts ne pouvait pas être refusé sur la base des arguments de la cour d'appel.
Arguments pertinents
La Cour de cassation a jugé que la cour d'appel avait violé l'article R. 12-5-4 du Code de l'expropriation en considérant que M. et Mme X... ne pouvaient pas prétendre à une indemnisation au titre de la perte de plus-value. La Cour a affirmé que :
- "si le bien exproprié n'est pas en état d'être restitué, l'action de l'exproprié se résout en dommages-intérêts."
- Les dommages-intérêts devaient "correspondre à la valeur actuelle du bien, sous la seule déduction de l'indemnité principale de dépossession perçue au moment de l'expropriation majorée des intérêts depuis son versement."
Interprétations et citations légales
L'article R. 12-5-4 du Code de l'expropriation précise que si un bien exproprié ne peut pas être restitué en nature, l'exproprié a droit à des dommages-intérêts basés sur la valeur actuelle de son bien, après déduction de l'indemnité reçue lors de l'expropriation. Cette disposition implique une reconnaissance par le législateur que la restitution de biens expropriés ne pourrait pas se limiter à la simple indemnisation initiale.
La cour d'appel a considéré que l'indemnité versée lors de l'expropriation avait permis aux expropriés d'acheter des biens similaires, ce qui a conduit à l'argument que la plus-value liée aux terrains à l'époque de l’expropriation aurait également profité à ces nouveaux biens. Cependant, la Cour de cassation a rejeté cette interprétation en insistant sur le fait que chaque situation doit être examinée en fonction de la valeur au moment de la restitution, qui doit prendre en compte l'évolution du marché depuis l'expropriation.
La Cour a ainsi statué que le raisonnement de la cour d'appel sur l'absence d'indemnisation pour la plus-value était erroné, ce qui illustre une application laxiste de la notion de « restitution par équivalent » en cas d’expropriation irrégulière. Ce faisant, la décision confirme que les droits des expropriés incluent non seulement la compensation de l'indemnité de dépossession initiale, mais également une juste indemnisation pour la perte de plus-value issue de l'expropriation.