Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans cet arrêt rendu le 23 janvier 2013, a annulé les arrêts des 8 mars 2010 et 18 avril 2011 de la cour d'appel de Basse-Terre qui avaient déclaré recevable l'action des bailleurs (M. X..., la société Raymo et la société Rosa Fé) visant à fixer le loyer du bail commercial renouvelé de la société SMD Mobilia. La cour a établi que l'action était prescrite, car le dépôt du mémoire visant à la fixation de la date d’audience ne constituait pas une saisine du juge des loyers commerciaux, et ne pouvait donc pas interrompre le délai de prescription de deux ans prévu par le code de commerce.
Arguments pertinents
1. Prescription biennale : La Cour a rappelé que selon l'article L. 145-60 du Code de commerce, toutes les actions en vertu du statut des baux commerciaux se prescrivent par deux ans. En l'espèce, bien que le mémoire ait été notifié et déposé avant l'expiration de ce délai, cela n’a pas eu d’effets interruptifs sur la prescription.
2. Saisine du juge : La cour d'appel avait retenu que le dépôt au greffe constituait une saisine et interrompt ainsi la prescription. Toutefois, la Cour de cassation a clarifié que la remise d’un mémoire au greffe n'est qu'une formalité administrative pour la fixation de la date d'audience et ne saisit pas le juge. Elle a donc conclu que cela ne pouvait pas interrompre le délai de prescription.
Interprétations et citations légales
La décision se fonde sur une interprétation stricte des dispositions relatives à la prescription et à la saisine des juridictions compétentes.
- Code de commerce - Article L. 145-60 : Cet article établit le principe selon lequel toutes les actions exercées en vertu du chapitre sur les baux commerciaux se prescrivent par deux ans, un délai fondamental qui sert de cadre temporel pour l'exercice de tout droit lié à un bail commercial.
- Code de commerce - Article R. 145-27 : Cet article stipule que la partie la plus diligente doit remettre son mémoire au greffe pour fixer une date d'audience, mais la Cour de cassation souligne que ce processus doit être vu comme une formalité ne suscitant pas l'effet de saisir le juge.
- Code de procédure civile - Article 791 : Cet article dispose que le tribunal est saisi par la remise d'une copie de l'assignation au greffe. Cela signifie qu'une action ne peut être considérée comme engagée que lorsque les conditions formelles de saisine sont réunies par le dépôt d'une assignation, ce qui ne se produisait pas dans le cas présent.
La cour a ainsi mis en lumière les conditions précises nécessaires pour interrompre les délais de prescription et a réitéré l’importance de la saisine formelle du juge pour qu’une action judiciaire soit recevable.