Résumé de la décision
Dans cette affaire, Y..., titulaire du brevet n° 946.205 relatif à un procédé de traitement de fils à base de superpolyamides, a assigné la société "Les Fils de Jean X..." pour contrefaçon de son brevet. La cour d'appel a déclaré le brevet nul pour défaut de nouveauté, en se basant sur des brevets étrangers et des déclarations faites lors de la procédure d'examen. Y... a contesté cette décision, soutenant que les références aux brevets étrangers étaient inappropriées et que le brevet en question était valide. La Cour de cassation a finalement annulé l'arrêt de la cour d'appel, estimant que celle-ci n'avait pas suffisamment justifié sa décision, notamment en ce qui concerne le caractère nouveau du procédé d'assemblage.
Arguments pertinents
1. Sur la nullité pour défaut de nouveauté : La cour d'appel a déclaré le brevet nul en se référant à des brevets étrangers et à des déclarations de la procédure d'examen, ce qui a été contesté par Y... qui a invoqué l'indépendance des brevets selon l'article 4 bis de la convention de l'union. La Cour de cassation a noté que "les références faites par l'arrêt attaqué aux brevets étrangers... peuvent être tenues pour surabondantes", ce qui remet en question la légitimité de la décision de la cour d'appel.
2. Sur l'absence de reconnaissance d'un produit différent : Le pourvoi a soutenu que la cour d'appel avait déformé la définition du produit dans le brevet Y..., mais la Cour de cassation a conclu que "la cour d'appel n'a nullement reconnu que le produit décrit au brevet du Pont de Nemours était différent de celui décrit au brevet Y...", ce qui démontre que le moyen manquait en fait.
3. Sur le procédé d'assemblage : La cour d'appel a nié le caractère distinct de l'opération d'assemblage, affirmant qu'elle ne constituait pas un élément d'une combinaison nouvelle. La Cour de cassation a critiqué cette position, indiquant que "sans s'être expliquée sur le point de savoir si... le procédé d'assemblage permettait ou non d'obtenir un produit industriel nouveau, la cour d'appel n'a pas légalement justifié sa décision."
Interprétations et citations légales
1. Indépendance des brevets : L'article 4 bis de la convention de l'union stipule que "les brevets demandés dans les différents pays de l'union par les ressortissants de l'union sont indépendants des brevets obtenus pour la même invention dans les autres pays". Cette disposition souligne l'importance de considérer chaque brevet dans son contexte national, indépendamment des décisions prises dans d'autres juridictions.
2. Nullité pour défaut de nouveauté : La Cour de cassation a rappelé que pour déclarer un brevet nul pour défaut de nouveauté, il est essentiel de démontrer que l'invention revendiquée ne présente pas de caractéristiques nouvelles par rapport à l'état de la technique antérieur. La décision de la cour d'appel a été jugée insuffisante car elle n'a pas pris en compte les spécificités du procédé d'assemblage.
3. Procédé d'assemblage : La cour d'appel a considéré que l'opération d'assemblage ne conférait pas de nouveauté, mais la Cour de cassation a insisté sur le fait que "le procédé d'assemblage permettait ou non d'obtenir un produit industriel nouveau", soulignant ainsi la nécessité d'une analyse approfondie des caractéristiques techniques du brevet.
En conclusion, la décision de la Cour de cassation met en lumière l'importance d'une évaluation rigoureuse des éléments de nouveauté dans les brevets, ainsi que le respect des principes d'indépendance des brevets dans le cadre des législations nationales et internationales.