Résumé de la décision
La décision concerne une expropriation prononcée le 9 août 1957 d'un terrain situé à Brest, appartenant aux consorts X..., au profit du département du Finistère. Les consorts X... contestent l'indemnité fixée par la cour d'appel, arguant que le ministère public n'a pas été entendu et que la valeur des biens aurait dû être appréciée à la date de la décision de la cour, conformément à l'ordonnance du 23 octobre 1958. La Cour de cassation rejette le pourvoi, confirmant que le ministère public avait bien été entendu et que l'indemnité devait être fixée selon la législation en vigueur au moment de l'ordonnance d'expropriation.
Arguments pertinents
1. Sur l'audition du ministère public : La cour d'appel a clairement indiqué qu'elle avait entendu le ministère public avant de rendre sa décision. La Cour de cassation souligne que le moyen soulevé par les consorts X... manque en fait, car l'arrêt mentionne explicitement cette audition : "la cour d'appel a mis l'affaire en délibéré après avoir entendu... le ministère public en ses conclusions".
2. Sur la fixation de l'indemnité : Les consorts X... soutiennent que la cour de Caen aurait dû appliquer l'ordonnance du 23 octobre 1958 pour évaluer la valeur des biens à la date de sa décision. Cependant, la Cour de cassation rappelle que le bénéficiaire d'une décision de justice a un droit acquis, qui ne peut être retiré par une nouvelle loi, sauf mention explicite de la volonté du législateur de déroger à la règle de non-rétroactivité des lois. Ainsi, l'indemnité devait être fixée selon le décret-loi du 8 août 1935, qui stipule que la valeur des biens expropriés doit être appréciée à la date de l'ordonnance d'expropriation.
Interprétations et citations légales
1. Droit acquis : La décision souligne que "le bénéficiaire d'une décision de justice, même frappée d'appel, est en possession d'un droit acquis qui ne saurait lui être retiré par une loi nouvelle entrée en vigueur en cours d'instance d'appel". Cela renforce le principe de la protection des droits acquis, qui est fondamental dans le droit français.
2. Non-rétroactivité des lois : La Cour de cassation fait référence à l'article 2 du Code civil, qui établit le principe de non-rétroactivité des lois, sauf disposition expresse contraire. Cela signifie que les nouvelles lois ne peuvent pas affecter les droits déjà établis avant leur entrée en vigueur.
3. Évaluation des biens expropriés : La décision rappelle que, selon le décret-loi du 8 août 1935, "la valeur des biens expropriés doit être appréciée au jour de l'ordonnance d'expropriation". Cela précise que l'évaluation doit se faire selon la législation en vigueur au moment de l'expropriation, renforçant ainsi la stabilité juridique pour les expropriés et l'administration.
En conclusion, la décision de la Cour de cassation confirme la légalité de la fixation de l'indemnité d'expropriation selon les règles applicables à la date de l'ordonnance d'expropriation, tout en affirmant le respect des droits acquis et la non-rétroactivité des lois.