Résumé de la décision
La Cour de cassation a joint plusieurs pourvois concernant la société anonyme du Pasquier et Cie, déclarée en état de règlement judiciaire. Cette société avait été autorisée à continuer son activité commerciale et à solliciter des avances de la part des banques. Cependant, l'administration des douanes a pratiqué des saisies-arrêts sur des marchandises (lots de café) pour recouvrer des droits et taxes dus. La cour d'appel avait validé ces saisies, considérant que l'administration des douanes, en tant que créancière privilégiée, pouvait exercer des poursuites individuelles. La Cour de cassation a annulé cette décision, estimant que les créanciers de la masse, y compris les banques, avaient un droit de préférence sur les biens acquis après la mise en état de règlement judiciaire.
Arguments pertinents
1. Droit de préférence des créanciers de la masse : La Cour de cassation a souligné que les créanciers ayant traité avec le débiteur en état de règlement judiciaire bénéficient d'un droit de préférence sur les biens acquis pour les besoins de l'exploitation. Elle a affirmé que "les tiers qui ont traité avec lui sont créanciers de la masse et comme tels bénéficient d'un droit de préférence par rapport à tous autres créanciers".
2. Limitation des droits de l'administration des douanes : La cour a également noté que l'article 1908 du Code général des impôts, qui permet au Trésor de poursuivre sans suspension, ne s'applique pas à la douane dans le cadre d'un règlement judiciaire. Elle a déclaré que "l'état de faillite ou de règlement judiciaire du redevable ne peut arrêter ni paralyser l'action de l'administration", mais a précisé que cela ne doit pas prévaloir sur les droits des créanciers de la masse.
3. Acquisition des biens par la masse : La Cour a statué que les biens acquis après la mise en état de règlement judiciaire, même s'ils sont utilisés pour l'exploitation, n'entrent pas nécessairement dans le patrimoine de la masse. Cela a été établi en affirmant que "la masse, en continuant l'exploitation du débiteur, agit comme ayant cause de celui-ci".
Interprétations et citations légales
1. Code civil - Article 2098 : Cet article stipule que "les droits du Trésor sont régis par des lois spéciales", ce qui permet à l'administration des douanes de poursuivre le recouvrement de ses créances par voie de contrainte, de commandement et de saisie-arrêt. La Cour a interprété cet article comme une autorisation pour l'administration des douanes d'agir, mais a précisé que cela ne doit pas interférer avec les droits des créanciers de la masse.
2. Code de commerce - Article 506 : Cet article permet au débiteur en état de règlement judiciaire de continuer son activité commerciale. La Cour a souligné que "si le débiteur déclaré en état de règlement judiciaire est autorisé à continuer l'exploitation de son commerce, les tiers qui ont traité avec lui sont créanciers de la masse". Cela a été fondamental dans la décision de la Cour de cassation, qui a annulé l'arrêt de la cour d'appel sur la base d'une fausse application de cet article.
En conclusion, la décision de la Cour de cassation a clarifié les droits des créanciers dans le cadre d'un règlement judiciaire, affirmant que les créanciers de la masse doivent être privilégiés par rapport aux créances de l'administration des douanes, même si cette dernière détient une créance privilégiée.