Résumé de la décision
La Cour de Cassation a partiellement cassé l'arrêt de la Cour d'Appel de Lyon du 8 octobre 1964, qui avait refusé d'ordonner l'insertion de la réponse de X... (Pierre) dans le journal "Le Courrier de Bourg-en-Bresse et des Pays de l'Ain". X... avait été diffamé par une publication du journal, et bien que la Cour d'Appel ait reconnu la culpabilité du directeur de publication pour refus d'insertion, elle a estimé que la publication de la réponse pourrait troubler l'esprit des anciens combattants et qu'il convenait d'éviter toute nouvelle polémique. La Cour de Cassation a jugé que ce refus constituait une fausse application de la loi sur la presse, car la réponse de X... n'était pas contraire aux lois, aux bonnes mœurs, ni à l'honneur du journaliste.
Arguments pertinents
1. Droit de réponse : La Cour de Cassation a affirmé que le droit de réponse, tel que prévu par l'article 13 de la loi du 29 juillet 1881, est "général et absolu". Cela signifie que la personne visée par une publication a le droit de déterminer l'utilité, la forme et la teneur de sa réponse. La Cour a souligné que l'insertion ne peut être refusée que si la réponse est contraire aux lois, aux bonnes mœurs, à l'intérêt légitime des tiers ou à l'honneur du journaliste.
> "Le droit de réponse est absolu, que la personne visée est juge de l'opportunité, de la forme et de la teneur de sa réponse."
2. Contrôle de la Cour de Cassation : La Cour de Cassation a rappelé qu'il lui appartient d'exercer un contrôle sur l'appréciation faite par les juges du fond concernant l'insertion de la réponse. En l'espèce, la Cour d'Appel a commis une erreur en refusant l'insertion de la réponse de X..., alors qu'elle avait reconnu la légitimité de cette réponse.
> "Il appartient à la Cour de Cassation d'exercer son contrôle sur l'appréciation qui est faite à cet égard par les juges du fond."
Interprétations et citations légales
1. Article 13 de la loi du 29 juillet 1881 : Cet article établit le droit de réponse en matière de presse. Il stipule que toute personne mise en cause dans un article a le droit de faire publier sa réponse, qui doit être insérée dans le même journal, sans que celle-ci puisse être refusée pour des motifs subjectifs.
> "L'insertion ne peut être refusée qu'à tant que la réponse est contraire aux lois, aux bonnes mœurs, à l'intérêt légitime des tiers ou à l'honneur du journaliste."
2. Article 7 de la loi du 20 avril 1810 : Bien que moins souvent cité dans cette décision, cet article traite des responsabilités des directeurs de publication et des conditions dans lesquelles ils peuvent être tenus responsables des contenus publiés.
> "Le directeur de la publication est responsable des écrits publiés, sauf à prouver qu'il n'a pas pu en avoir connaissance."
La décision de la Cour de Cassation souligne l'importance du droit de réponse en tant que garantie de la liberté d'expression et de la protection de l'honneur des individus face aux publications diffamatoires. En reconnaissant ce droit comme absolu, la Cour affirme que les considérations d'apaisement ou de prévention de la polémique ne peuvent justifier un refus d'insertion.