Résumé de la décision
Le 23 septembre 1997, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du Centre de production thermique d'EDF à Loire-sur-Rhône a adopté une résolution demandant une expertise sur des questions liées à la mixité des métiers et à la réorganisation des équipes. EDF et le président du CHSCT ont contesté cette décision devant le tribunal de grande instance de Lyon. La cour d'appel a annulé la décision du CHSCT, estimant que la demande d'expertise était trop vague. Cependant, la Cour de cassation a cassé cette décision, jugeant que la cour d'appel n'avait pas correctement appliqué le droit en ne reconnaissant pas l'importance du projet et en ne prouvant pas d'abus de la part du CHSCT.
Arguments pertinents
1. Droit à l'expertise : La Cour de cassation rappelle que, selon l'article L. 236-9 du Code du travail, le CHSCT peut faire appel à un expert en cas de projet important modifiant les conditions de travail. La cour d'appel a erré en considérant que le CHSCT devait préciser les difficultés rencontrées, alors que le projet "Loire Demain" était déjà reconnu comme important et modifiant les conditions de travail.
> "La mission conférée par la délibération du 23 septembre 1997 apparaît particulièrement vague et ne permet donc pas de savoir sur quel problème le CHSCT souhaite être éclairé."
2. Frais d'expertise : La cour d'appel a également rejeté la demande de prise en charge des frais d'avocat du CHSCT, arguant qu'aucun texte ne le prévoyait. La Cour de cassation a estimé que, en l'absence d'abus, EDF devait supporter ces frais.
> "Il résulte de ce texte que l'employeur doit supporter le coût de l'expertise et les frais de la procédure de contestation éventuelle de cette expertise dès lors qu'aucun abus du CHSCT n'est établi."
Interprétations et citations légales
1. Article L. 236-9 du Code du travail : Cet article stipule que le CHSCT peut faire appel à un expert agréé en cas de projet important modifiant les conditions de travail. La cour d'appel a mal interprété la portée de cet article en exigeant des précisions supplémentaires sur les difficultés rencontrées par le CHSCT.
> "Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail peut faire appel à un expert agréé : [...] En cas de projet important modifiant les conditions d'hygiène et de sécurité ou les conditions de travail."
2. Droit à la prise en charge des frais : La décision de la cour d'appel concernant la prise en charge des frais d'avocat a été jugée erronée par la Cour de cassation, qui a souligné que l'absence d'abus de la part du CHSCT impliquait que EDF devait couvrir ces frais.
> "Aucun abus n'étant invoqué, la cour d'appel a violé le texte susvisé."
En conclusion, la décision de la Cour de cassation souligne l'importance du droit à l'expertise pour les CHSCT dans le cadre de projets modifiant les conditions de travail, ainsi que l'obligation pour l'employeur de supporter les frais liés à cette expertise, sauf preuve d'abus.