TRIBUNAL DE PROXIMITÉ DE PANTIN
[Adresse 5]
[Localité 7]
Tél:[XXXXXXXX02]
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@ : [Courriel 9]
REFERENCES : N° RG 24/00294 - N° Portalis DB3S-W-B7I-YVJR
Minute :
JUGEMENT
Du : 10 Juin 2024
Madame [S] [T] épouse [L]
Représentant : Me Soulef BENHAGOUGA, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : P 126
C/
Monsieur [E] [W]
Madame [H] [W]
JUGEMENT
Après débats à l'audience publique du 08 Avril 2024, le jugement suivant a été rendu par mise à disposition au greffe le 10 Juin 2024;
Sous la Présidence de Madame [I] [D], juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de BOBIGNY siégeant au tribunal de proximité de PANTIN, assistée de Madame Martine GARDE, greffier ;
ENTRE :
DEMANDEUR :
Madame [S] [T] épouse [L]
[Adresse 6]
[Adresse 4]
[Localité 3]
Représentée par Me Soulef BENHAGOUGA, avocat au barreau de PARIS
DÉFENDEURS :
Monsieur [E] [W]
[Adresse 4]
[Adresse 4]
[Localité 7]
Comparant en personne
Madame [H] [W]
[Adresse 4]
[Adresse 4]
[Localité 7]
Non comparante
Copie exécutoire délivrée le :
à : Me Soulef BENHAGOUGA
M. [E] [W]
Mme [H] [W]
Expédition délivrée à :
EXPOSÉ DU LITIGE
Suivant contrat signé le 9 novembre 2013, Madame [S] [T] épouse [L] a donné en location à Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] un immeuble à usage d'habitation sis [Adresse 4], moyennant un loyer mensuel révisable de 760,00 €, outre provisions sur charges de 90,00 €.
Le 14 août 2023, Madame [S] [T] épouse [L] a fait délivrer à Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] un commandement de payer les loyers échus visant la clause résolutoire insérée au bail, pour un montant en principal de 5 950,00 € selon décompte arrêté au 5 juillet 2023.
Suivant citation délivrée à étude le 19 décembre 2023, Madame [S] [T] épouse [L] a attrait Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] devant le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Pantin, le commandement de payer n'ayant pas été suivi d'effet dans le délai imparti.
Madame [S] [T] épouse [L] a demandé à la présente juridiction :
De constater le jeu de la clause résolutoire prévue au bail d'habitation ;Subsidiairement de prononcer la résiliation judiciaire du bail pour défaut de paiement des loyers, à échéance, et défaut de production d'une attestation d'assurance locative ;D'ordonner l'expulsion immédiate de Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] ainsi que de tous occupants de leur chef, avec au besoin l'assistance de la force publique et d'un serrurier et ce sous astreinte de 300 € par jour de retard à compter de la signification de la présente décision ;D'ordonner le transport et la séquestration des meubles en tel lieu qu'il plaira à Madame [S] [T] épouse [L], aux frais et aux risques et périls de Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] ;D'ordonner la capitalisation annuelle des intérêts ; De condamner solidairement Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] au paiement des sommes suivantes :5 950,00 € au titre de l'arriéré locatif arrêté au 18 novembre 2023, somme à parfaire, outre intérêts au taux légal à compter du commandement de payer ;une indemnité mensuelle d'occupation équivalente au montant du loyer actualisé et des charges qui auraient été payés en l'absence de résiliation du bail, et ce à compter de la résiliation du bail jusqu'au départ effectif des lieux ;100 € au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;ainsi qu'aux entiers dépens de l'instance, comprenant notamment le coût du commandement de payer.Le 21 décembre 2023, Madame [S] [T] épouse [L] a notifié son acte introductif d'instance au représentant de l'État dans le département.
L'audience s'est tenue le 8 avril 2024 après un renvoi à la demande des défendeurs, et en application de l'article 24 V de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, la présidente a invité les parties à lui produire tous éléments relatifs à l'existence d'une procédure de traitement du surendettement au sens du livre VII du code de la consommation.
Lors de l'audience, Madame [S] [T] épouse [L] représentée par son conseil maintient ses demandes, sauf à préciser qu'en vertu d'un décompte arrêté au 5 avril 2024 (échéance du mois d'avril 2024 incluse), l'arriéré s'élève désormais à la somme de 2 550,00 €. Elle précise que cela correspond à trois mois de loyers impayés et que Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] ont fait des versements juste avant l'audience. Elle expose que les retards ou impayés de loyer de plusieurs mois lui causent des difficultés financières importantes notamment du fait d'un crédit immobilier. Elle indique que les locataires n'ont jamais pris contact avec elle ni répondu à ses demandes de résolution amiable avant la présente procédure. Madame [S] [T] épouse [L] fait valoir qu'ils perçoivent une allocation au logement personnalisée et que malgré cela, certains loyers n'ont pas été payés, ce qui caractérise une mauvaise foi. Elle déclare que Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] n'ont toujours pas justifié de leur assurance locative. Elle s'oppose à tout délai de paiement.
Monsieur [E] [W], comparant en personne, ne conteste pas le principe de la dette et demande au tribunal d'accorder des délais de paiement suspensifs pour acquitter la dette locative à hauteur de 300,00 € par mois en plus du loyer courant. Il soutient avoir apuré la dette la veille de l'audience et qu'il ne reste qu'à payer le mois d'avril en cours. Il indique avoir produit son assurance locative à l'assistance sociale ayant réalisé le DSF. Monsieur [E] [W] explique que la dette s'est constituée du fait d'une succession d'emplois précaires et de périodes de chômage en 2023. Il déclare en outre que Madame [H] [W] ne voulait pas contribuer au paiement du loyer. Il indique que lui et son épouse sont actuellement employés à la mairie d'[Localité 8] et sont rémunérés environ 1 800 € chacun par mois. Il précise qu'il est en CDD d'un an mais qui pourra ensuite être renouvelé pour 3 ans.
Madame [H] [W] n'a pas comparu et ne s'est pas fait représenter malgré sa convocation régulière.
L'enquête sociale est parvenue au greffe de la juridiction avant l'audience. Les informations données par Monsieur [E] [W] à l'audience sont confirmées. Il est indiqué que les locataires ont justifié d'une assurance locative auprès de Zénith Assurance valable du 16 février 2024 au 15 février 2025. Il est précisé qu'ils ont eu deux rendez-vous avec le service afin de mettre en place une mesure d'accompagnement social au logement. Il est ainsi exposé qu'ils sont dans l'attente d'un logement social depuis février 2018. Des problèmes d'humidité et de travaux à faire dans le logement sont enfin évoqués.
L'affaire a été mise en délibéré au 10 juin 2024.
La présidente a autorisé la production en cours de délibéré de l'attestation d'assurance des locataires, laquelle n'a pas été transmise.
MOTIFS DE LA DÉCISION
Aux termes de l'article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparait pas, il est néanmoins statué sur le fond, le juge ne faisant droit à la demande que s'il l'estime recevable, régulière et bien fondée.
SUR LA LOI APPLICABLE AU PRÉSENT LITIGE
À titre préliminaire, il y a lieu de préciser que la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, portant notamment réforme de l'article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 et des articles L.412-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, applicables au présent litige, est entrée en vigueur le 29 juillet 2023, lendemain de sa publication au Journal officiel de la République.
En application de l'article 2 du code civil, il sera rappelé que la loi ne dispose que pour l'avenir et n'a pas d'effet rétroactif.
En l'espèce, le commandement de payer à l'origine de la présente procédure ayant été délivré le 14 août 2023, il y a lieu d'appliquer les dispositions précitées telles qu'issues de cette réforme.
Cependant, les principes de sécurité juridique et prévisibilité du droit sont cardinaux dans l'ordonnancement juridique français. La liberté contractuelle est de même garantie par le régime général du droit des obligations, comme l'énoncent les dispositions luminaires du chapitre dédié aux contrats dans le code civil (articles 1101 à 1104).
Ainsi, il résulte de ces principes et de l'article 2 du code civil précité que les effets des contrats conclus antérieurement à la loi nouvelle, même s'ils continuent de se réaliser postérieurement à cette loi, demeurent régis par les dispositions sous l'empire desquelles ils ont été passé afin de garantir la stabilité des situations établies. La loi ne peut, sauf rétroactivité expressément stipulée par le législateur, remettre en cause la validité d'une clause contractuelle régie par les dispositions en vigueur à la date où le contrat a été conclu. La jurisprudence est constante sur ce point, et le législateur a également réitéré ces principes aux termes de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février
2016 portant réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligations (article
9 : les contrats conclus avant l'entrée en vigueur de l'ordonnance, le 1er octobre 2016, demeurent soumis à la loi ancienne, y compris pour leurs effets légaux et pour les dispositions d'ordre public).
Seule la reconnaissance de dispositions d'ordre public particulièrement impérieuses peut justifier l'application immédiate aux contrats en cours.
En l'espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause (page 4) aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux, conformément à l'article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tel qu'il était en vigueur jusqu'au 29 juillet 2023.
En premier lieu, il sera constaté que la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023 ne contient aucune disposition transitoire prescrivant l'application immédiate aux contrats en cours.
En second lieu, il y a lieu de souligner qu'au regard des principes de liberté contractuelle, sécurité juridique et prévisibilité du droit rappelés ci-dessus, il convient de favoriser le respect de la volonté des parties.
Or, la clause résolutoire insérée au présent bail emporte contractualisation du délai laissé au locataire afin d'apurer les causes du commandement de payer. En effet, l'article 24 de la loi n° 89462 du 6 juillet 1989 tel qu'il était en vigueur jusqu'au 29 juillet 2023 n'imposait pas l'insertion d'une telle clause dans le bail, et le cas échéant, se contentait de fixer un délai minimum avant l'acquisition de la clause (qui pouvait par conséquent être supérieur à deux mois, comme consacré par la pratique de multiples bailleurs notamment sociaux). Ainsi, la loi laissant à l'appréciation des parties à la fois de l'opportunité d'une clause résolutoire et du délai pour solder les causes du commandement, il ne saurait être soutenu que la mise en œuvre de la clause résolutoire est un effet légal du contrat et non l'application d'une disposition contractuelle.
Par ailleurs, aucune disposition d'ordre public « particulièrement impérieuse » ne justifie l'application immédiate sur ce point de l'article 24 tel qu'issu de la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023. Au contraire, la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 institue un ordre public de protection des locataires, en conformité avec le droit à la protection du logement (droit à valeur conventionnelle et objectif à valeur constitutionnelle). Or, un délai de deux mois pour acquitter les causes d'un commandement de payer est nécessairement plus favorable au locataire qu'un délai de six semaines, en ce qu'il lui accorde deux semaines de plus apurer sa dette et par conséquent conserver son droit au bail. In fine, cela n'est d'ailleurs pas en opposition avec les intérêts du bailleur qui cherche à recouvrer sa dette, les locataires étant davantage mobilisés en ce sens tant que leur droit au bail est effectif. Réduire ce délai mène ainsi à judiciariser des situations d'impayés qui auraient pu se résoudre à l'amiable. De plus, la date de fin du bail qui dépend de la date d'acquisition de la clause résolutoire a des conséquences juridiques importantes puisqu'elle marque le terme des obligations respectives du locataire et du bailleur. Le régime juridique applicable aux situations d'occupation sans droit ni titre est complexe et moins protecteur à la fois des occupants et des propriétaires, et cause des difficultés pratiques en termes notamment de sécurité publique et de prise en charge en cas de sinistre par les assurances.
Enfin, il ne peut qu'être constaté qu'un commandement de payer visant le délai de six semaines issu de la loi n°2023-668 du 27 juillet 2023, tout en reproduisant une clause résolutoire indiquant une délai de deux mois pour solder l'arriéré, est de nature à induire le locataire en erreur sur le délai effectif qui lui est laissé, lui causant incontestablement grief.
Il découle de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'appliquer la clause résolutoire telle que prévue au contrat de bail dans le cadre du présent litige.
SUR LA RECEVABILITÉ DE LA DEMANDE
Une copie de l'assignation a été notifiée au représentant de l'État dans le département le 21 décembre 2023, soit plus de six semaines avant l'audience, conformément aux dispositions de l'article 24 III de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 dans sa version applicable au présent litige.
L'action est donc recevable.
SUR LA DEMANDE EN PAIEMENT DE L'ARRIÉRÉ LOCATIF
Il résulte de l'article 7 de la loi n°89-462 du 06 juillet 1989 ainsi que des stipulations du bail que le locataire est tenu de payer le loyer et les charges récupérables au terme convenu.
Aux termes de l'article 1751 du code civil, le droit au bail du local qui sert effectivement à l'habitation de deux époux, quel que soit leur régime matrimonial et nonobstant toute convention contraire et même si le bail a été conclu avant le mariage, ou de deux partenaires liés par un pacte civil de solidarité, dès lors que les partenaires en font la demande conjointement, est réputé appartenir à l'un et à l'autre des époux ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité.
En application des dispositions de l'article 220 du code civil, chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l'entretien du ménage ou l'éducation des enfants : toute dette ainsi contractée par l'un oblige l'autre solidairement.
En l'espèce, Madame [S] [T] épouse [L] verse aux débats un décompte arrêté au 5 avril 2024 (échéance du mois d'avril 2024 incluse) établissant l'arriéré locatif à la somme de 2 550,00 €.
Au vu des justificatifs fournis, la créance de Madame [S] [T] épouse [L] est établie tant dans son principe que dans son montant.
Monsieur [E] [W] ne conteste pas l'absence de paiement du loyer ou le montant des sommes réclamées, étant précisée que toutes les sommes versées ultérieurement au décompte susvisé devront être déduites.
Madame [H] [W], absente lors de l'audience, ne produit en tout état de cause aucun élément de nature à contester l'absence de paiement du loyer ou le montant des sommes réclamées.
En l'état de la situation maritale des locataires, ces derniers sont tenus solidairement d'exécuter l'ensemble des obligations résultant du bail portant sur le logement litigieux qui constitue la résidence principale de la famille et dont ils sont co-titulaires.
Il convient par conséquent de condamner solidairement Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] à verser à Madame [S] [T] épouse [L] la somme de 2 550,00 € actualisée au 5 avril 2024 (échéance du mois d'avril 2024 incluse), au titre de l'arriéré locatif, outre intérêts au taux légal à compter de la présente décision.
SUR LA RÉSILIATION ET L'EXPULSION
L'article 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa version applicable au présent litige, dispose que tout contrat de bail d'habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux.
En l'espèce, le bail conclu entre les parties contient une clause (page 4) aux termes de laquelle le contrat se trouvera de plein droit résilié, en cas de défaut de paiement des loyers et accessoires, deux mois après un commandement de payer resté infructueux. Comme précédemment indiqué, il conviendra de retenir ce délai contractuel en l'espèce.
Il ressort des pièces versées aux débats qu'un commandement de payer, visant la clause résolutoire ainsi que les dispositions de l'article 24 de la loi précitée, a été régulièrement signifié à Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] le 14 août 2023, pour un montant principal de 5 950,00 €. Il est en outre établi que ce commandement est demeuré au moins partiellement infructueux dans le délai imparti.
Dès lors, il y a lieu de constater que les conditions d'acquisition de la clause résolutoire sont réunies à la date du 15 octobre 2023, soit deux mois après la délivrance dudit commandement, et que la résiliation du bail est intervenue de plein droit à cette date.
Cependant l'article 24-V de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dans sa version applicable au présent litige prévoit que le juge peut accorder, à la demande du locataire, du bailleur ou même d'office, des délais de paiement dans la limite de trois années, chaque fois que le locataire est en situation de régler sa dette locative et qu'il a repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience.
L'article 24 VII de la même loi, dans sa version applicable au présent litige, précise que lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge.
Par ailleurs, le droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dont le juge national est garant, implique le droit au respect et à la protection du domicile. Ce droit est fondamental pour garantir à l'individu la jouissance effective des autres droits qui lui sont reconnus.
L'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 indique que garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l'ensemble de la nation. L'article 1er de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 dispose de même que le droit au logement est un droit fondamental.
Dans le cadre d'une procédure d'expulsion, le juge doit ainsi effectuer un examen de la proportionnalité de l'ingérence dans le droit au respect de la vie privée et familiale et du domicile des occupants. Cette procédure entre de fait sans conteste dans le champ d'application de l'article précité de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme. La mesure d'expulsion, en ce qu'elle prive ses destinataires de domicile au moins provisoirement et rompt leurs attaches personnelles et professionnelles, est de nature à affecter le droit au respect de la vie privée et familiale.
En l'espèce, Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] demandent l'octroi de délais de paiement à hauteur de 300,00 € par mois, en plus du loyer courant.
En premier lieu, il y a lieu de relever que si le montant de la dette est élevé, les locataires en ont apuré plus de la moitié au cours de la présente procédure, et la proposition de délais de paiement est conséquente et de nature à apurer la dette dans un délai très inférieur au délai de trois ans maximum prévu par la loi. Cette proposition est ainsi de nature à satisfaire les intérêts de la bailleresse en assurant un remboursement des échéances restantes en quelques mois.
En second lieu, il ressort des débats et des justificatifs effectifs produits que Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] ont connu des difficultés professionnelles mais ont désormais tous deux un emploi auprès d'une collectivité locale. Or, ces derniers leur procurent désormais des ressources suffisantes pour s'acquitter du loyer courant et des délais de paiement sollicités.
En troisième lieu, il apparaît sur le décompte en date du 5 avril 2024, soit le décompte le plus proche de la date de l'audience remis à cette audience ont bien repris le paiement du loyer courant à la date de l'audience et ce depuis le mois d'août 2023.
Enfin, il sera relevé qu'ils occupent les lieux depuis 2016 et ont donc des attaches personnelles dans le logement et la commune. Il n'est pas allégué ni justifié de difficultés de paiement antérieurement à la présente procédure.
Il sera au surplus rappelé que de tels délais de paiement suspensifs sont de nature à entraîner une mobilisation des locataires pour apurer leur dette, qui serait moindre en cas d'expulsion immédiate. En cas de non-paiement, après une seule échéance impayée, la procédure d'expulsion reprendra son cours. Par suite, les droits du bailleur seront respectés, que la dette soit apurée ou que l'expulsion ait lieu et ne soit que repoussée d'un mois.
Il convient par conséquent d'accorder à Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] des délais de paiement pour s'acquitter de la dette locative à hauteur de 300,00 € par mois et selon les modalités précisées au dispositif de la présente décision.
Ces paiements devront intervenir impérativement au plus tard le 5 de chaque mois afin de ne pas entraîner de difficultés financières supplémentaires à la bailleresse.
Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la clause résolutoire seront ainsi suspendus.
Si l'intégralité de la dette est apurée dans ce délai et selon les modalités de paiement prévus, la clause de résiliation de plein droit sera réputée ne pas avoir joué et les relations entre les parties reprendront selon les stipulations du bail.
Dans le cas contraire, soit en cas de non-paiement d'une seule mensualité à son exacte échéance , qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l'arriéré :
Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] seront déchus du bénéfice des délais de paiement accordés par la présente décision ;La clause de résiliation reprendra son plein effet ;La totalité de la dette locative restée impayée deviendra immédiatement exigible par Madame [S] [T] épouse [L], la résiliation du bail étant acquise à la date du 15 octobre 2023 ;Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] deviendraient occupants sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail ;Faute pour Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] d'avoir volontairement libéré les lieux, il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l'assistance d'un serrurier et de la force publique si besoin est, conformément aux dispositions des articles L. 412-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ;Madame [S] [T] épouse [L] pourra procéder à l'enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls de Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W], conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution ;En cas de maintien dans les lieux, Madame [S] [T] épouse [L] sera en droit d'exiger de Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] le paiement in solidum d'une indemnité d'occupation mensuelle fixée par référence au montant du loyer et des charges qui aurait été du en cas de non-résiliation du bail, à compter de la résiliation du bail et jusqu'à complète libération des lieux. SUR LA CAPITALISATION DES INTÉRÊTS
Selon l'article 1343-2 du code civil, les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. Il s'agit de dispositions d'ordre public qui ne peuvent être écartées que si c'est par la faute du créancier, par suite du retard ou de l'obstacle apporté par lui, que le débiteur n'a pas pu procéder à la liquidation de la dette.
Il y a donc lieu d'ordonner la capitalisation des intérêts conformément au texte susvisé.
SUR LES DEMANDES ACCESSOIRES
En application de l'article 696 du code de procédure civile, il convient de condamner in solidum
Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] au paiement des entiers dépens de l'instance qui comprendront notamment le coût du commandement de payer du 14 août 2023, de l'assignation et de sa dénonciation à la préfecture.
Conformément aux dispositions de l'article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans tous les cas, le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée et il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
En l'espèce, Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] seront condamnés in solidum à payer à Madame [S] [T] épouse [L] la somme de 700 € sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
En application de l'article 514 du code de procédure civile, la présente décision est de droit exécutoire.
PAR CES MOTIFS :
La juge des contentieux de la protection, statuant après débats tenus en audience publique, par décision réputée contradictoire et publique, par mise à disposition par le greffe et en premier ressort,
CONSTATE la recevabilité de l'action intentée par Madame [S] [T] épouse [L];
CONSTATE que le contrat signé le 8 novembre 2013 entre Madame [S] [T] épouse [L] et Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] concernant les locaux situés [Adresse 4] s'est trouvé de plein droit résilié le 15 octobre 2023 par application de la clause résolutoire contractuelle ;
SUSPEND les effets de la clause résolutoire ;
CONDAMNE solidairement Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] à verser à Madame [S] [T] épouse [L] la somme de 2 550,00 € actualisée au 5 avril 2024 au titre de l'arriéré locatif comprenant les loyers, charges et indemnités d'occupation jusqu'à l'échéance du mois d'avril 2024 incluse, outre intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;
ORDONNE la capitalisation des intérêts dans les conditions prévues par les dispositions de l'article 1343-2 du code civil ;
AUTORISE Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] à s'acquitter de cette somme en 9 mensualités, les 8 premières d'un montant de 300,00 € et la dernière égale au solde de la dette, le tout en sus du loyer courant ;
DIT que chaque paiement desdites mensualités devra intervenir au plus tard avant le 5ème jour de chaque mois et pour la première fois le mois suivant la signification de la présente décision ;
DIT que les sommes versées à ce titre par Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] antérieurement à la présente décision et non incluses dans le décompte susmentionné viendront en déduction des dernières mensualités ;
DIT qu'en cas de paiement selon les modalités et dans les délais ci-dessus fixés, la résiliation sera réputée privée d'effet et les relations entre les parties reprendront selon les stipulations du bail ;
DIT qu'à défaut de paiement d'une seule mensualité à son exacte échéance , qu'elle soit due au titre du loyer et des charges courants ou de l'arriéré :
Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] seront déchus du bénéfice des délais de paiement accordés par la présente décision ;La clause de résiliation reprendra son plein effet ;La totalité de la dette locative restée impayée deviendra immédiatement exigible par Madame [S] [T] épouse [L], la résiliation du bail étant acquise à la date du 15 octobre 2023 ;Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] deviendraient occupants sans droit ni titre du fait de la résiliation du bail ;Faute pour Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] d'avoir volontairement libéré les lieux, il sera procédé à leur expulsion et à celle de tous occupants de leur chef avec l'assistance d'un serrurier et de la force publique si besoin est, conformément aux dispositions des articles L. 412-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution ;Madame [S] [T] épouse [L] pourra procéder à l'enlèvement de tous les biens mobiliers garnissant les lieux loués et les faire entreposer dans tel local de son choix aux frais et périls de Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W], conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution ;En cas de maintien dans les lieux, Madame [S] [T] épouse [L] sera en droit d'exiger de Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] le paiement in solidum d'une indemnité d'occupation mensuelle.FIXE en ce cas l'indemnité d'occupation sans droit ni titre due par Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] au montant mensuel du loyer indexé et des charges qui auraient été dus en cas de non-résiliation du bail, à compter de la résiliation du bail, et au besoin CONDAMNE in solidum Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] à verser à Madame [S] [T] épouse [L] ladite indemnité mensuelle à compter du mois de mai 2024 et jusqu'à complète libération des lieux caractérisée par la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, un procès-verbal d'expulsion ou de reprise, avec intérêts au taux légal à compter de l'exigibilité de chacune des échéances ;
Dans l'hypothèse où l'un des occupants quitte définitivement les lieux avant l'autre et justifie dûment de ce départ, CONDAMNE seul celui qui resterait seul dans les lieux à payer l'intégralité de l'indemnité d'occupation telle que ci-dessus fixée, à compter du départ de l'autre occupant et jusqu'à son propre départ effectif des lieux ;
DIT que l'indemnité d'occupation sera due au prorata temporis et payable à terme et au plus tard le 5ème jour de chaque mois ;
DEBOUTE Madame [S] [T] épouse [L] de ses demandes plus amples ou contraires ;
CONDAMNE Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] au paiement des dépens qui comprendront le coût du commandement de payer du 14 août 2023, de l'assignation et de sa dénonciation à la préfecture ;
CONDAMNE in solidum Monsieur [E] [W] et Madame [H] [W] à verser à Madame [S] [T] épouse [L] la somme de 700 € sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile ;
RAPPELLE que la présente décision est assortie de plein droit de l'exécution provisoire.
LA GREFFIÈRELA JUGE