Résumé de la décision
Dans l'affaire enregistrée sous le n° 15DA01179, M. D...F..., M. K...F... et M. B...F... ont contesté le jugement du tribunal administratif de Lille qui avait limité l'indemnité pour préjudice moral à 3 000 euros. Les requérants, frères et sœur du détenu M. L...F..., souhaitaient obtenir une indemnité de 25 000 euros chacun suite au suicide de leur frère, qui avait été commis en dépit d'un risque suicidaire connu par les services pénitentiaires. La cour a décidé de rejeter leur requête, considérant que le montant alloué par le tribunal administratif était justifié au regard des éléments de preuve présentés sur les liens familiaux et la souffrance subie.
Arguments pertinents
1. Responsabilité de l'État : Les requérants ont soulevé que l'État était responsable du préjudice du fait des carences dans la surveillance de M. L...F..., dont le risque suicidaire était bien connu. La cour a retenu que la responsabilité de l'État ne peut être engagée que pour faute, notant que l'administration pénitentiaire n'avait pas pris les mesures nécessaires malgré les antécédents de tentatives de suicide.
2. Preuve du préjudice : La cour a conclu que les requérants n'avaient pas prouvé l'intensité des liens affectifs avec leur frère ni l'impact réel de son décès sur leur quotidien. Ainsi, elle a considéré que l'allocation de 3 000 euros par le tribunal administratif était une juste mesure de réparation du préjudice moral.
> "Il n’est pas contesté par l’administration pénitentiaire que le risque suicidaire de M. L... F... était connu de l’administration pénitentiaire [...] ces défauts de suivi et de surveillance constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l’État."
Interprétations et citations légales
1. Responsabilité de l'État : La cour applique le principe énoncé selon lequel la responsabilité de l'État, concernant les services pénitentiaires, pour les dommages résultant d'un suicide ou d'une tentative de suicide, ne saurait être engagée qu'en cas de faute avérée. La jurisprudence qui entoure ce principe est cruciale pour établir la nécessité d'une preuve de faute dans les affaires où l'État est impliqué.
- Code de la justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article stipule que : "Dans tous les États, la perte d’une somme d’argent ou de biens ou de droits en raison d’une faute du service public peut donner lieu à réparation." Cela met en évidence que toute demande d'indemnisation exige la démonstration d'une faute de la part de l'administration.
2. Évaluation du préjudice moral : L'appréciation du préjudice moral est laissée à la discrétion du juge administratif, qui doit tenir compte des circonstances spécifiques de chaque affaire, incluant les liens familiaux. Dans cette décision, la cour a souligné que les preuves fournies par les requérants étaient insuffisantes pour justifier la demande élevée de dommages-intérêts.
> "Il a ainsi été fait par les premiers juges une juste appréciation du préjudice moral qu'ils ont subi en leur allouant chacun une somme de 3 000 euros."
En conclusion, la décision illustre une application rigoureuse des principes de responsabilité de l'État et de la nécessité de prouver les liens affectifs pertinents pour justifier une demande d'indemnisation plus élevée pour préjudice moral.