Résumé de la décision
La commune de Codognan a demandé l'annulation d'un jugement du tribunal administratif de Nîmes qui avait annulé un titre exécutoire la désignant comme créancière de l'Association action grand passage pour des dommages résultant d'une occupation illégale de son terrain par des gens du voyage. La cour a annulé le jugement du tribunal administratif, a rejeté la demande de l'Association action grand passage, et a statué qu'il incombait aux juridictions judiciaires d’entendre ce type de litige, en raison de l'absence de disposition législative spéciale permettant à la juridiction administrative d’intervenir. L'Association action grand passage doit également verser 500 euros à la commune au titre des frais de justice.
Arguments pertinents
1. Incompétence de la juridiction administrative :
La cour a souligné que, bien que la juridiction administrative puisse apprécier la responsabilité d'une collectivité publique envers une personne privée, elle n'est pas compétente pour statuer sur la responsabilité d'une personne privée envers une collectivité publique en l'absence de disposition législative spéciale : « il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires d'en connaître ».
2. Nature du litige :
La demande de l'Association action grand passage était fondée sur la contestation d'un titre exécutoire dont l'origine était la responsabilité quasi-délictuelle liée à une occupation illégale de terrain : « la créance dont se prévaut la commune de Codognan à l'égard de l'Association action grand passage trouve ainsi sa source dans la responsabilité quasi-délictuelle encourue par une personne privée à l'égard d'une personne publique ».
3. Conséquence sur les frais de justice :
En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la cour a décidé de faire supporter à l'Association action grand passage les frais de justice, en raison de sa position dans la procédure.
Interprétations et citations légales
1. Compétence des juridictions :
La décision s'appuie sur une distinction cruciale quant à la compétence des juridictions. Le jugement rappelle que, sans disposition législative spéciale, la responsabilité des personnes privées à l'égard de personnes publiques ne relève pas de la compétence administrative. Cela est implicite dans le Code de justice administrative :
- Code de justice administrative - Article R. 311-1.
2. Responsabilité quasi-délictuelle :
Le régime de la responsabilité quasi-délictuelle est essentiel dans la décision. Cela implique que, lorsque des dommages sont causés par des actes (en l'occurrence, l'occupation illégale du terrain), la réparation ne peut être demandée qu'au civil, hors du champ du droit administratif :
- Code civil - Article 1240 (anciennement Article 1382).
3. Frais de justice :
L'article L. 761-1 souligne que la partie perdante dans un litige peut être condamnée à rembourser les frais que la partie gagnante a engagés :
- Code de justice administrative - Article L. 761-1.
Ces éléments montrent que la cour a appliqué rigoureusement les principes de séparation des compétences entre la juridiction administrative et judiciaire, tout en s'assurant que les frais de justice ont été traités selon des dispositions claires du droit administratif.