Résumé de la décision
La Cour a examiné l'appel de Mme A..., une ressortissante roumaine, contre un jugement du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant rejeté sa demande d'annulation d'un arrêté préfectoral du 24 octobre 2014 lui ordonnant de quitter le territoire français. La Cour a conclu que le préfet n'avait pas établi que Mme A... remplissait les conditions nécessaires pour séjourner en France, notamment en prouvant qu'elle résidait en France depuis plus de trois mois. Par conséquent, la Cour a annulé tant le jugement que l'arrêté contesté et a condamné l'État à verser à Mme A... une indemnité.
Arguments pertinents
1. Insuffisance de preuve : La Cour a constaté que le préfet n’a pas présenté de preuves suffisantes justifiant que Mme A... résidait en France depuis plus de trois mois. Sur ce point, la décision est fondée sur l'article L. 511-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui impose à l'administration de prouver qu'un citoyen de l'Union européenne ne remplit plus les conditions de séjour.
> "il incombe à l'administration, en cas de contestation sur la durée du séjour d'un citoyen de l'Union européenne dont elle a décidé l'éloignement, de faire valoir les éléments sur lesquels elle se fonde pour considérer qu'il ne remplit plus les conditions pour séjourner en France."
2. Droit à un procès équitable : Mme A... a soutenu que ses droits à la défense avaient été violés. La Cour a confirmé qu'il existe un droit à être entendu et à disposer de conseils juridiques avant de prendre une décision administrative.
3. Erreurs d’interprétation des faits : Lorsque le préfet s'est appuyé sur des déclarations que Mme A... aurait faites concernant sa présence en France depuis 2006, cela a été contesté. La Cour a relevé que l'absence de documentation pour prouver ces affirmations affaiblissait la position du préfet.
> "le préfet a commis une erreur de fait quant à sa durée de présence en France."
Interprétations et citations légales
- Droit de séjour des citoyens européens : En vertu de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, tout citoyen de l'Union a le droit de séjourner en France pour plus de trois mois sous certaines conditions. La Cour a explicitement souligné :
> « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne [...] a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille [...] de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. »
- Charge de la preuve : La décision met également en lumière la responsabilité de l'administration de prouver les faits qui justifient une mesure d'éloignement. Sur ce point, la Cour a précisé que :
> "il appartient à l'étranger qui demande l'annulation de cette décision d'apporter tout élément de nature à en contester le bien-fondé."
En somme, cette décision souligne l'importance du respect des droits des citoyens européens en matière de séjour, ainsi que la nécessité d'une motivation appropriée et d'une charge probatoire sur l'administration dans le cadre de décisions d'éloignement.