Résumé de la décision
La société SNRJ a saisi le juge des référés du Conseil d'État pour obtenir la suspension du décret du 11 mai 2020, qui interdisait l'accueil du public dans les résidences de tourisme en raison de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Elle a soutenu que cette interdiction portait atteinte à plusieurs droits fondamentaux tels que le droit de propriété, la liberté de commerce et d'industrie, ainsi que le principe d'égalité. Toutefois, après le dépôt de la requête, le décret attaqué a été abrogé par le décret n° 2020-663 du 31 mai 2020, rendant les conclusions de la requête sans objet. En conséquence, le Conseil d'État a décidé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur cette demande.
Arguments pertinents
1. Urgence de la situation : La société SNRJ a mis en avant l'urgence résultant de la crise économique, en particulier dans le secteur du tourisme, notant que les hôtels peuvent accueillir du public, contrairement aux résidences de tourisme. Elle souligne une rupture d'égalité non justifiable par l'ordre public sanitaire.
2. Atteinte aux droits fondamentaux : La société a argué qu'il y avait une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété, à la liberté de commerce et d'industrie, ainsi qu'à la liberté de circulation. En effet, le décret imposait une fermeture générale des résidences de tourisme sans justifications adéquates.
3. Incompétence : Il est également affirmé que le décret attaqué était entaché d'incompétence négative et que ladite mesure ne répondait pas à une nécessité ou une proportionnalité au regard de la situation de "déconfinement".
Interprétations et citations légales
La décision a été fondée sur plusieurs textes juridiques, notamment :
1. Code de justice administrative - Article L. 521-2 : Cet article stipule que "Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale." Cette disposition est cruciale pour justifier la compétence du juge des référés dans le traitement des demandes d'urgence touchant des libertés fondamentales.
2. Abrogation du décret : Il a été noté que l'abrogation du décret du 11 mai 2020, intervenue après l'introduction de la requête, a rendu toute demande pour suspendre ce décret sans objet. Cette interprétation souligne l'importance de la situation légale actuelle au moment où se prononce le juge sur des mesures demandées.
3. Principe d'égalité et liberté de commerce : L'argument selon lequel le décret créait une rupture d'égalité a été soulevé à la lumière de la situation disparité entre hôtels et résidences de tourisme. L’absence de justification pour interdire l'accueil dans les résidences de tourisme tout en autorisant celui des hôtels interroge les fondements du droit à l'égalité devant la loi et des libertés économiques.
En conclusion, bien que la société SNRJ ait présenté des arguments substantiels concernant l'impact du décret sur ses activités, l'évolution législative ultérieure a conduit à une cessation de la matière, démontrant ainsi la dynamique parfois complexe entre législation d'urgence et protection des droits fondamentaux.