Résumé de la décision :
Dans cette affaire, M. B...C..., orphelin de guerre en raison de l'exécution de son père par le Front de libération nationale algérien, demandait une indemnisation pour le préjudice moral qu'il estimait avoir subi du fait de l'abandon par la France après les "accords d'Evian" de 1962. La cour administrative d'appel de Douai avait initialement rejeté sa demande, considérant que l'État avait certes commis une faute, mais que les mesures prises par la France avaient suffi pour indemniser les anciens supplétifs de l'armée française. Cependant, la haute juridiction a annulé cet arrêt, estimant que le tribunal administratif de Rouen n'était pas compétent pour connaître de telles demandes en raison de la nature des préjudices invoqués, liés aux relations entre la France et l'Algérie. Les demandes d'indemnisation ont donc été rejetées sur le fondement de l'incompétence de la juridiction administrative.
Arguments pertinents :
1. Incompétence de la juridiction administrative : La cour a souligné que les préjudices évoqués par M. C... découlent de la conduite des relations internationales entre la France et l'Algérie, n'étant pas détachables de cette gestion. Ainsi, la juridiction administrative ne pouvait être saisie de telles demandes :
- “les préjudices invoqués ne sont pas détachables de la conduite des relations entre la France et l'Algérie et ne sauraient par suite engager la responsabilité de l'État sur le fondement de la faute.”
2. Faute de l'État : Bien que la cour ait reconnu une faute de l'État dans le traitement des anciens supplétifs de l’armée française, elle a estimé que les mesures prises étaient suffisantes pour traiter les demandes d'indemnisation :
- “les mesures prises par la France à l'égard de ces anciens supplétifs devaient être regardées, dans leur ensemble, comme ayant permis, autant qu'il est possible, l'indemnisation des préjudices d'ordre matériel ou moral subis.”
Interprétations et citations légales :
1. Code de justice administrative - Article L. 821-2 : La décision fait référence à cet article pour justifier le règlement immédiat au fond de l'affaire après avoir annulé les décisions antérieures. Cet article permet à la haute juridiction de statuer directement sur les demandes lorsque l'affaire a été mal jugée en première instance.
2. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : La cour refuse d’allouer des frais à la charge de l'État sur la base du fait qu'il n'est pas la partie perdante. Cela montre que même si M. C... a vu ses demandes rejetées, l'État n'encourt pas de frais :
- “les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.”
Cette décision illustre ainsi les limites de la responsabilité de l'État face à des événements liés à des conflits historiques, en mettant en avant la spécificité des relations internationales et la compétence des juridictions administratives.