Résumé de la décision
La Section française de l'Observatoire international des prisons (SFOIP) a déposé une requête devant le tribunal administratif de Lille pour demander l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision relative aux fouilles corporelles effectuées à l'issue des parloirs au centre pénitentiaire de Maubeuge. Le tribunal a rejeté la requête pour irrecevabilité, la SFOIP n'ayant pas trouvé la décision attaquée. Elle a alors fait appel, mais la cour administrative d'appel de Douai a confirmé cette irrecevabilité, estimant que la SFOIP n'avait pas prouvé l'existence de la décision administrative. La SFOIP se pourvoit en cassation. Le Conseil d'État annule l'arrêt de la cour d'appel en raison d'une erreur de droit, considérant que l'administration n'a pas aidé la SFOIP à produire la décision contestée, et renvoie l'affaire à la cour d'appel.
Arguments pertinents
1. Diligence de la SFOIP : Le Conseil d'État a reconnu que la SFOIP avait entrepris toutes les démarches nécessaires pour obtenir la décision attaquée et que le silence de l'administration constituait un obstacle à cette production : "l'association requérante a accompli toutes les diligences qu'elle pouvait effectuer afin de se procurer la décision".
2. Pouvoirs inquisitoriaux du juge : Le Conseil d'État souligne que le juge doit exercer ses pouvoirs d'instruction pour s'assurer que les droits des requérants sont protégés et que des éléments sont fournis pour évaluer la situation : "il revient au juge de l'excès de pouvoir de mettre en oeuvre ses pouvoirs généraux d'instruction".
3. Erreur de droit : En confirmant l'irrecevabilité sans avoir fait appel à l'administration pour produire des documents, la cour a méconnu son office : "la cour administrative d'appel de Douai a méconnu son office et commis une erreur de droit en confirmant l'irrecevabilité".
Interprétations et citations légales
1. Code de justice administrative - Article R. 412-1 : Cet article impose que la requête doit être accompagnée, sous peine d'irrecevabilité, de la décision attaquée ou de preuves des diligences pour l'obtenir. Cela implique une responsabilité partagée entre le requérant et l'administration pour la transparence des procédures.
2. Droit au recours effectif : La décision souligne l'importance du droit à un recours effectif, tel que prévu par la Convention européenne des droits de l'homme, ce qui exige que le système judiciaire soit en mesure d'examiner les griefs des requérants même en cas de non production d'un document par l'administration.
3. Intervention du juge : Le rôle actif du juge dans l'instruction des affaires de droit administratif est crucial. Comme le souligne le Conseil d'État, il doit initier la collecte d'éléments nécessaires pour apprécier si les décisions administratives respectent les droits fondamentaux : "en prenant toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction".
Cette décision renforce la notion que l'administration doit collaborer de manière effective avec les requérants dans le cadre de recours, tout en insistant sur le devoir du juge de garantir que justice soit faite, même en l'absence de documents administratifs contestés.