Résumé de la décision
L'Union des coopératives agricoles Altitude, propriétaire d'une usine de fabrication d'alimentation animale à Blesle (Haute-Loire), a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand la décharge de la taxe foncière pour les années 2009 à 2011. Cette demande a été rejetée par le tribunal, lequel a considéré que l'Union n'était pas éligible à l'exonération fiscale prévue par le Code général des impôts en raison de sa dépendance aux achats de matières premières extérieures à ses adhérents. En appel, le Conseil d'État a annulé le jugement du tribunal, estimant que celui-ci avait commis une erreur de droit en qualifiant d'industrielles les opérations de l'Union sur la base de cette dépendance. Le Conseil a renvoyé l'affaire au tribunal administratif et a ordonné à l'État de verser 3 000 euros à l'Union au titre des frais de justice.
Arguments pertinents
1. Nature de l'activité : Le Conseil d'État a souligné que les opérations de l'Union ne devaient pas être considérées comme industrielles simplement parce qu'elle achetait des matières premières auprès de tiers. Au contraire, l'objectif principal de l'Union était de fournir des aliments pour bétail aux agriculteurs membres, constituant ainsi des produits intermédiaires pour leur propre production.
> "L'Union n'avait pas pour fonction de commercialiser des produits finis sur un marché mais de fournir aux adhérents de ses membres des aliments pour bétail."
2. Examen des besoins collectifs : L'examen des besoins collectifs des adhérents devait être réalisé en tenant compte de l'intégralité de l'activité de l'Union. Le tribunal a fait erreur en déduisant le caractère industriel basé uniquement sur la proportion de matières premières externes utilisées.
> "En déduisant ainsi le caractère industriel des opérations réalisées par l'établissement de l'Union requérante de la seule circonstance qu'elle recourait, pour assurer sa production, de manière majoritaire à des achats de matières premières..."
Interprétations et citations légales
1. Exonération de taxe foncière : Les articles applicables en matière d'exonération de taxe foncière sont les suivants :
- Code général des impôts - Article 1382 : Établit les conditions d'exonération pour les bâtiments affectés à un usage agricole. Le paragraphe pertinent précise que les bâtiments utilisés par les sociétés coopératives agricoles doivent servir à des opérations généralement réalisées par les agriculteurs et ne doivent pas revêtir un caractère industriel.
2. Conditions de fonctionnement des coopératives : L'interprétation des termes « besoins collectifs » et « caractère industriel » est cruciale. Le texte précise que :
- Les bâtiments affectés à un usage agricole doivent être proportionnés aux besoins collectifs des adhérents, et que la notion d'usage agricole est étroitement liée à la nature des opérations réalisées.
> "Pour l'application de ces dispositions, ne présentent pas un caractère industriel les opérations réalisées par une société coopérative agricole avec des moyens techniques qui n'excèdent pas les besoins collectifs de ses adhérents."
3. Critères d'évaluation des besoins : Le Conseil d'État a insisté sur la nécessité d'une appréciation plus complète des investissements nécessaires à la satisfaction des membres. Le jugement a été annulé en raison d'une analyse insuffisante des caractéristiques de l'Union et de ses activités.
> "Si tel est le cas, les bâtiments de cette société ne peuvent ouvrir droit au bénéfice de l'exonération de taxe foncière."
Cette décision du Conseil d'État rappelle l'importance d'analyser le contexte opérationnel d’une coopérative agricole pour déterminer son éligibilité à l'exonération de taxe foncière, en s'assurant de ne pas se limiter à des critères quantitatifs dans l'évaluation de son activité.