Résumé de la décision :
Le Conseil d'État a rejeté la requête du Comité Harkis et Vérité visant à annuler pour excès de pouvoir la circulaire du Premier ministre du 23 septembre 2014, ainsi que le décret du 29 juin 2015 et la circulaire de la caisse nationale d'assurances vieillesse du 11 août 2015, qui instituaient des mesures en faveur des harkis et de leurs enfants. Le requérant a soutenu que ces actes étaient entachés d'incompétence, de vices de procédure et de forme, mais le Conseil d'État a jugé que ces objections n'étaient pas fondées.
Arguments pertinents :
1. Compétence de l'autorité émettrice : Le Comité Harkis et Vérité a soutenu que la circulaire contestée avait été prise par une autorité incompétente, invoquant l'article 34 de la Constitution qui réserve au législateur le soin de fixer les principes fondamentaux des obligations civiles. Cependant, le Conseil a répondu que "les dispositions figurant dans la circulaire contestée n'ont ni pour objet ni pour effet de modifier les conditions dans lesquelles les personnes peuvent engager des actions en responsabilité contre l'État", ce qui permet de conclure que le moyen d'incompétence devait être écarté.
2. Vices de procédure et de forme : Le requérant a également invoqué des vices de procédure et de forme, sans fournir de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le Conseil a statué que "les moyens tirés de ce que la circulaire contestée serait entachée d'un vice de procédure et d'une violation de la loi ne sont pas assortis des précisions qui permettent d'en apprécier le bien fondé et doivent donc être écartés".
3. Absence de base légale : Concernant les conclusions contre le décret et la circulaire, le Conseil a de nouveau relevé que les moyens soulevés n'étaient pas suffisamment étayés et ont été rejetés.
Interprétations et citations légales :
1. Article 34 de la Constitution : Cet article précise que "la loi détermine les droits civiques et les garanties fondamentales accordés aux citoyens pour l'exercice du droit de vote et pour l'élection de leurs représentants". Dans cette décision, le Conseil d'État interprète cet article comme n'imposant pas que toutes les mesures prises par l'exécutif concernant la responsabilité de l'État nécessitent une intervention législative.
2. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article stipule que "les frais de justice ne peuvent être mis à la charge de l'État que dans les cas prévus par la loi". La décision conclut que "les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées", affirmant que le requérant n'est pas fondé à revendiquer des frais à la charge de l'État en raison de l'irrecevabilité de sa requête.
En somme, cette décision illustre la limite de la compétence réglementaire vis-à-vis de la législation dans des domaines sensibles comme les droits des harkis, tout en soulignant l'importance d'une argumentation précise et étayée dans les recours pour excès de pouvoir.