Résumé de la décision
La décision concerne le pourvoi en cassation de M. A..., détenu qui a subi la perte de biens personnels durant un transfert entre établissements pénitentiaires en avril 2012. Le tribunal administratif de Caen avait initialement rejeté sa demande d'indemnisation pour préjudice, mais la cour administrative d'appel de Nantes a ensuite reconnu une faute de l'administration en raison d'un manque de surveillance, n'accordant cependant qu'une indemnisation partielle de 17,60 euros. M. A... conteste cette décision en cassation, arguant que la cour n'a pas pleinement reconnu la faute engendrant ses pertes. La décision de la haute juridiction a conduit à l'annulation de l'arrêt attaqué, considérant que l'absence d'inventaire des biens lorsqu'il a été transféré constituait une faute ouvrant droit à réparation.
Arguments pertinents
1. Carence de l'administration : La Cour a souligné que "la responsabilité de l'Etat en cas de dommage aux biens des personnes détenues peut être engagée [...] à une carence de l'administration dans la mise en oeuvre des moyens nécessaires à la protection de ces biens". Cela renforce l'idée que des mesures adéquates, comme un inventaire des biens personnels, doivent absolument être prises lors des transferts.
2. Obligation de protection des biens : En vertu de l'article D. 340 du Code de procédure pénale, la Cour a indiqué que "les objets appartenant au détenu sont déposés contre reçu" et qu'un "inventaire précis de l'ensemble des objets personnels du détenu" doit, sauf urgence, être dressé, ce qui est un impératif légal. L'absence de cet inventaire dans le cas de M. A... est un motif central de la reconnaissance de la faute.
3. Droit à réparation : Il a été clairement établi que cette carence, due à l'absence d'inventaire, a privé M. A... de la possibilité "d'établir la réalité des pertes qu'il alléguait", entraînant ainsi un droit à réparation suite à cette faute reconnue de l'administration.
Interprétations et citations légales
1. Code de procédure pénale - Article D. 340 : Cet article stipule que "lorsque le détenu est transféré, les objets lui appartenant sont déposés contre reçu", ce qui pose une obligation fondamentale à l'administration d'archiver correctement les possessions des détenus pour prévenir toute perte.
2. L'interprétation de la faute : La Cour estime qu'« aucun inventaire des biens en possession de M. A... n'avait été dressé » constitue une carence administrative qui va à l'encontre des responsabilités définies dans le cadre du service public pénitentiaire. La haute juridiction précise que la cour d'appel a commis une erreur de droit en jugé différemment.
3. Articles L. 761-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 : Ces articles concernent la prise en charge des frais d'avocat par l'État lorsque les conditions d'éligibilité à l'aide juridictionnelle sont remplies, ce qui a été confirmé dans cette décision, en assignant à l'État le paiement de 3 000 euros à l'avocat de M. A... dans le cadre de son aide juridictionnelle.
Ainsi, la décision met en avant les responsabilités de l'administration pénitentiaire vis-à-vis des biens des détenus et la nécessité d'un cadre documentaire rigoureux pour garantir leurs droits, en renforçant les protections légalement établies.