Résumé de la décision :
La décision évaluée concerne la requête de plusieurs plaignants, dont Mmes E...B... et F...D..., ainsi que M. A...C... et l'association Résistance Républicaine, demandant l'annulation d'un décret du 3 août 2017. Ce décret élargit la définition des infractions de provocations, diffamations et injures non publiques à caractère raciste ou discriminatoire en y intégrant les motifs liés à l'identité de genre. Le Conseil d'Etat a rejeté la requête, considérant que les termes utilisés dans le décret sont suffisamment clairs et que les modifications n'emportent pas une atteinte excessive à la liberté d'expression, mais sont en réalité des limites nécessaires à la défense de l'ordre public et de l'égalité.
Arguments pertinents :
1. Contresignature : Le décret n'exigeait aucune exécution particulière du ministre de la Culture, écartant ainsi l'argument de défaut de contresignature.
2. Légalité des délits et des peines : La prétendue imprécision des termes "provocation à la haine" a été jugée inopérante, car le décret ne crée pas une nouvelle infraction, mais applique des termes déjà existants dans la législation.
3. Clarté des termes : Les termes "identité de genre" sont jugés suffisamment précis, témoignant de l'identité à laquelle une personne s'identifie, indépendamment des attribus de l'état civil.
4. Atteinte à la vie privée : Le décret ne porte pas une atteinte excessive à la vie privée, car il établit que les dégradations verbales ou écrites ne sont considérées comme telles que si elles ne sont pas exprimées dans un cadre confidentiel.
5. Principes d'égalité : Le décret respecte le principe d'égalité entre les croyants et les non-croyants, en respectant les motifs qui incluent la non-appartenance à une religion.
6. Liberté d'expression : L'élargissement des infractions aux motifs liés à l'identité de genre n'impacte que dans une mesure proportionnée la liberté d'expression, défendue par l'article 10 de la convention européenne.
Interprétations et citations légales :
1. Contresignature :
- "Les décrets du Premier ministre doivent être contresignés par les ministres qui sont compétents pour signer ou contresigner les mesures réglementaires..." - cette précision législative permet de trancher en l'absence d'exigences d'exécution par le ministre de la Culture.
2. Principe de légalité des délits :
- "Le décret attaqué n'a pas créé l'infraction de provocation non publique à la discrimination..." - cela fait référence à la nécessité de clarté dans la définition des infractions (précision que l'article 7 de la Convention européenne garantit).
3. Clarté des termes :
- "Les termes 'identité de genre' [...] visent le genre auquel s'identifie une personne, qu'il corresponde ou non au sexe indiqué..." - ici, l’adaptation du langage juridique est en lien direct avec le cadre légal en vigueur.
4. Atteinte à la vie privée :
- "Le décret attaqué ne porte pas une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée..." - soulignant l'importance de l'équilibre entre la protection des individus et la liberté d'expression.
5. Principes d'égalité :
- "Les motifs qui y sont visés doivent être regardés comme incluant la non appartenance à une religion." - établit un cadre d’égalité pour tous, indépendamment des croyances.
6. Liberté d'expression :
- "Il en résulte que les limites fixées à la liberté d'expression sont nécessaires et proportionnées." - ceci évoque l'équilibre entre les droits individuels et l'ordre public, essentiel dans le cadre juridique.
Ces éléments permettent de comprendre les raisons pour lesquelles la requête a été rejetée et la légitimité des modifications associées au décret en question.