Résumé de la décision
Le 22 mai 2018, le ministre de l'action et des comptes publics a contesté la recevabilité d'une question de constitutionnalité tirée de l'article 1740 A du code général des impôts, soutenant que celle-ci ne présente pas de caractère sérieux. La société requérante, la SARL Dom Com Invest, contestait la conformité de cet article à l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 en raison des sanctions imposées pour la délivrance irrégulière de documents obtenant des avantages fiscaux. Le Conseil d'Etat a jugé que cette question mérite d'être transmise au Conseil constitutionnel, considérant qu'elle soulève une question sérieuse de proportionnalité et d'individualisation des peines.
Arguments pertinents
1. Applicabilité et conformité : Le Conseil d'Etat a confirmé que l'article 1740 A du code général des impôts est applicable au litige et n'a pas déjà été déclaré conforme à la Constitution, ce qui est une condition préalable à la transmission d'une question prioritaire de constitutionnalité.
2. Sérieux de la question soulevée : Le Conseil a soutenu que le moyen selon lequel l'article 1740 A porte atteinte aux droits garantis par la Constitution est sérieux. La société requérante fait valoir que cette disposition impose une sanction d'amende qui ne prend pas en compte le caractère intentionnel de l'infraction commise.
3. Proportionnalité et individualisation des peines : La décision met en avant que l’article contesté, en ne permettant pas de moduler l’amende en fonction des circonstances, peut être critiqué au regard des principes de nécessité et de proportionnalité des peines, ce qui constitue une préoccupation majeure en droit pénal.
Interprétations et citations légales
1. Constitution et droit à une sanction proportionnée : La décision du Conseil d'Etat repose sur l'application de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui stipule que "la loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires", ce qui semble contesté par l'article 1740 A.
2. Conditions de transmission aux Conseil constitutionnel : Selon l'article 23-4 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, le Conseil d'Etat doit s'assurer que la question soumise soit applicable, non encore déclarée conforme, et présente un caractère sérieux. Cette exigence légale a été respectée, amenant à la décision de renvoyer la question.
3. Principes judiciaires fondamentaux : Le Conseil d'Etat a indiqué que la question de l'individualisation des peines et leur proportionnalité est essentielle dans la législation pénale, comme en témoigne la nécessité de relier la sanction à l'intentionnalité des actes, ce qui n'est pas prévu par l'article contesté.
En somme, la décision du Conseil d'Etat souligne l'importance de la protection des droits fondamentaux et de la nécessité d'évaluer l’équité des peines imposées en matière fiscale, marquant ainsi le chemin vers une possible évolution juridique à travers la saisine du Conseil constitutionnel.