Résumé de la décision
La société civile immobilière (SCI) du Chant du Chêne a acquis, le 31 mai 2010, un ensemble industriel incluant des bâtiments non exploités. Elle a demandé la réduction des cotisations de taxe foncière pour 2011, 2012, et 2013, arguant que l’administration fiscale avait appliqué à tort la valeur plancher prévue par l’article 1518 B du code général des impôts. Le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande le 4 juin 2015. La SCI a alors formé un pourvoi en cassation.
La décision de la haute juridiction annule le jugement du tribunal et reconnaît la SCI comme fondée à revendiquer une annulation, stipulant que les travaux nécessaires à la mise en état des installations de l'immeuble rendent leur utilisation immédiate impossible. L'État est condamné à verser 3 000 euros à la SCI au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
1. Problématique de la cession d'établissement : La décision souligne que la qualification d'un transfert d'établissement dépend de l'état des actifs transférés. Il est affirmé que le fait que les installations soient "temporarily disabled" et nécessitent des travaux pour être opérationnelles empêche de les considérer comme immédiatement utilisables. Cela va à l'encontre de l'idée d’une cession selon l’article 1518 B.
> « Un établissement doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une cession lorsque le même redevable a acquis l'ensemble des éléments mobiliers et immobiliers... Tel n'est pas le cas lorsque l'état des éléments achetés interdit leur utilisation immédiate sans la réalisation d'importants travaux de remise en état. »
2. Erreur de droit : Il est établi que le tribunal a commis une erreur de droit en jugeant la vente de l'ensemble immobilier comme une cession d'établissement. L'approche adoptée par le tribunal, qui ne s'intéresse pas à la faisabilité d’opération des installations sans travaux, semble erronée.
> « En jugeant que la vente de cet ensemble immobilier pouvait être regardée comme une cession d'établissement... sans rechercher si ces moyens... étaient immédiatement utilisables... le tribunal a commis une erreur de droit. »
Interprétations et citations légales
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Analyse de l'article 1518 B du code général des impôts
- Cadre légal : L’article 1518 B du CGI stipule que pour bénéficier d'une évaluation spécifique en cas de cession d'établissement, la valeur locative ne peut être inférieure à un certain seuil, tant pour les apports que pour les cessions.
> « A compter du 1er janvier 1980, la valeur locative des immobilisations corporelles acquises à la suite d'apports... ne peut être inférieure aux deux tiers de la valeur locative retenue l’année précédant l’apport... »
- Interprétation : Cet article se base sur l’existence d’un état d’exploitation et d’un potentiel d’utilisation immédiate des biens. Dans le cas présent, l’immeuble étant désaffecté et nécessitant des travaux, la condition d'exploitation immédiate n'est pas remplie.
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Article L. 761-1 du code de justice administrative
- Fonction de cet article : Cet article permet au juge de condamner l’État à verser des frais de justice à la partie qui a gain de cause.
> « Il peut être fait à l'État, dans tous les cas, sauf dans ceux où il est prévu qu'il n'y a pas lieu à condamnation de l'État à payer des frais... »
La cour a décidé de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à titre des frais de justice, en application de cet article, soulignant ainsi l’impact financier de la décision favorable à la SCI du Chant du Chêne.
En conclusion, la décision s'appuie sur une interprétation rigoureuse des conditions légales entourant la cession d'établissements, mettant en lumière l'importance d'une évaluation adéquate de l'état des actifs concernés pour déterminer leur traitement fiscal.