Résumé de la décision
La société Valmonde et Cie a contesté le décret du 6 novembre 2015 qui instaure un soutien de l'État au pluralisme de la presse, en arguant qu'il étendait les mesures de soutien aux publications hebdomadaires sans avoir été préalablement notifié à la Commission européenne, ce qui violait les règles de l'Union européenne en matière d'aides d'État. Le tribunal a jugé que le décret en question instituait effectivement une aide d'État, car il consistait en une subvention qui affectait la concurrence sur le marché interne de l'Union européenne. En conséquence, il a annulé le décret en tant qu'il s'appliquait aux publications hebdomadaires et a condamné l'État à verser 3 000 euros à la société.
Arguments pertinents
1. Intérêt à agir : La société requérante a démontré son intérêt à contester le décret en tant qu'éditrice d'une publication hebdomadaire à laquelle ce décret s'applique. Le tribunal a précisé que l'intérêt à agir était justifié par la nature même du décret et son impact direct sur les publications hebdomadaires.
2. Aide d'État : Selon l'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, les aides d'État sont incompatibles avec le marché intérieur si elles faussent la concurrence. Le tribunal a noté que "le soutien de l'État au pluralisme de la presse [...] constitue une intervention aux moyens de ressources de l'État" et qu'il "accorde un avantage aux publications qui en bénéficient". Cela illustre clairement la responsabilité de l'État vis-à-vis des règlements communautaires qui encadrent les aides.
3. Procédure irrégulière : Le tribunal a statué que le décret a été pris selon une procédure irrégulière car il n'a pas été soumis à la Commission européenne pour notification préalable, ce qui constitue une violation de l'article 108, paragraphe 3, du traité. La décision mentionne que "le projet de décret n'a fait l'objet d'aucune mesure d'information préalable de la Commission", soulignant la nécessité de respecter cette obligation pour toute mise en exécution d'une aide d'État.
Interprétations et citations légales
1. Aides d'État : L'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne fournit une définition claire des aides d'État, stipulant que celles-ci sont incompatibles quand elles "faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions". Cette définition a été intégralement appliquée pour analyser le décret contesté.
2. Notification obligatoire : L'article 108, paragraphe 3, du même traité impose une obligation de notification préalable de tout projet d'aide. Le tribunal a souligné que "l'exercice de ce contrôle implique, notamment, de rechercher si les dispositions dont l'application est contestée instituent un régime d'aide", indiquant une interprétation stricte de la nécessité de cette notification.
3. Jurisprudence : Le tribunal a fait référence à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qui précise que les interventions de l'État peuvent être considérées comme des aides d'État si elles "sont susceptibles d'affecter les échanges entre États membres". Cela renforce l'idée que le soutien financier peut altérer le jeu concurrentiel sur le marché interne, qui est une protection essentielle vis-à-vis des aides nationales.
Dans l'ensemble, cette analyse montre l'importance de la conformité avec les règles de l'Union européenne en matière d'aides d'État et l'obligation pour les États membres de notifier tout projet d'aide avant sa mise en œuvre.