Résumé de la décision
Le Conseil national des barreaux a demandé l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du ministre des finances du 8 septembre 2015, qui concernait un traitement automatisé des déclarations rectificatives relatives à la mise en conformité des avoirs non déclarés détenus à l'étranger. Le Conseil d'État a partiellement fait droit à cette demande. Il a annulé les dispositions concernant le traitement des données relatives à l'identification du conseil fiscal, tout en différant l'effet de cette annulation de neuf mois pour éviter des conséquences excessives sur la gestion des déclarations rectificatives. De plus, l'État a été condamné à verser 1 500 euros au Conseil national des barreaux pour couvrir ses frais.
Arguments pertinents
1. Légitimité de l'intérêt à agir : Le Conseil national des barreaux a démontré qu'il avait un intérêt à agir en tant qu'établissement d'utilité publique, chargé de représenter la profession d'avocat auprès des pouvoirs publics. Toutefois, il a été établi qu'il ne justifiait cet intérêt que pour les aspects spécifiques liés aux données concernant les conseils fiscaux.
Citons : "le Conseil national des barreaux, établissement d'utilité publique... ne justifie d'un intérêt lui donnant qualité que pour demander l'annulation des dispositions" (paragraphe 4).
2. Pertinence du traitement des données : Le traitement des données personnelles en question a été jugé nécessaire pour prévenir et gérer les comportements susceptibles d'être constitutifs de fraude fiscale.
C'est ainsi que le tribunal a déclaré : "le traitement litigieux... contribue à éviter la continuation et la réitération de comportements susceptibles d'être constitutifs de fraude fiscale" (paragraphe 5).
3. Manque d'autorisation nécessaire : Le tribunal a conclu que le traitement des données concernant l'identification des conseils fiscaux devait être autorisé par arrêté ministériel, contrairement à la simple déclaration faite auprès de la CNIL, ce qui a conduit à l'annulation partielle de l'arrêté.
Il a été noté que "sa création... ne pouvait dès lors résulter que d'un arrêté du ministre compétent" (paragraphe 5).
Interprétations et citations légales
1. Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (LIL) :
- Article 22 : Il stipule que les traitements de données à caractère personnel doivent faire l'objet d'une déclaration auprès de la CNIL, indépendamment des exceptions prévues.
- Article 26 : Sont autorisés par arrêté, après avis de la CNIL, les traitements destinés à la prévention ou à la constatation des infractions pénales.
La décision a souligné : "ce traitement doit être regardé comme ayant parmi ses objets celui de prévenir... des infractions pénales, au sens des dispositions précitées" (paragraphe 5).
2. Code général des impôts :
- Article 1741 : Cet article évoque que le recours à des comptes étrangers constitue une circonstance aggravante pour la fraude fiscale et illustre la nécessité d'un tel traitement pour gérer efficacement des infractions potentielles.
3. Article L. 761-1 du code de justice administrative :
- Cet article permet d'allouer des frais de justice à la partie gagnante dans une instance, ce qui a conduit à la décision de condamner l'État à verser une compensation au Conseil national des barreaux.
La décision a noté : "il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros" (paragraphe 7).
Ces éléments montrent la manière dont le Conseil d'État a répondu à la requête du Conseil national des barreaux tout en respectant les cadres juridiques établis, garantissant ainsi le respect des droits des avocats confrontés à des questions de conformité fiscale.