Résumé de la décision
La décision porte sur une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant les articles L. 1110-5-1, L. 1110-5-2 et L. 1111-4 du Code de la santé publique, qui établissent des dispositions relatives à l'arrêt ou à la limitation des traitements des patients hors d'état d'exprimer leur volonté. L'Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés conteste que ces dispositions, en laissant au pouvoir réglementaire le soin de définir la procédure collégiale, méconnaissent le droit à la vie, la dignité humaine, la liberté personnelle et le droit à un recours juridictionnel effectif garantis par la Constitution. Le Conseil d'État a décidé de renvoyer la QPC au Conseil constitutionnel, jugeant que les dispositions contestées sont applicables au litige et n'ont pas déjà été déclarées conformes à la Constitution.
Arguments pertinents
1. Compétence législative : L'association requérante soutient que les articles contestés méconnaissent l'article 34 de la Constitution, qui précise que "le législateur fixe les règles concernant les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques". Cela pourrait aboutir à une absence de garanties légales sur des questions sensibles touchant à la dignité et aux droits fondamentaux de la personne.
2. Droits constitutionnels: Le moyen invoqué fait référence à des droits constitutionnels critiques, tel que le droit à la vie, la dignité humaine et le droit à un recours effectif. En l'absence de garantie sur le caractère collégial des décisions de limitation ou d'arrêt de traitements, la requérante estime que ces droits sont menacés. La décision souligne que "la méconnaissance par le législateur de sa propre compétence dans des conditions affectant les droits et libertés garantis par la Constitution soulève une question nouvelle".
Interprétations et citations légales
Les articles du Code de la santé publique en question se distinguent par leur approche sur la prise de décision autour des traitements médicaux. Voici les articles pertinents et leur interprétation :
- Code de la santé publique - Article L. 1110-5-1 :
> "Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins [...] ne doivent pas être mis en oeuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable."
Cet article pose la question de ce qui constitue une "obstination déraisonnable", laissant place à une interprétation potentiellement variable lorsque la mise en œuvre dépendra de critères qui devraient être fixés par le pouvoir réglementaire.
- Code de la santé publique - Article L. 1110-5-2 :
> "Lorsque le patient ne peut pas exprimer sa volonté [...] la sédation profonde et continue [...] est mise en oeuvre selon la procédure collégiale définie par voie réglementaire..."
Cet article souligne l'importance d'une procédure collégiale pour les décisions relatives aux patients. La possibilité laissé au pouvoir réglementaire d'en définir les modalités pose un risque de dilution des garanties offertes initialement par la loi.
- Code de la santé publique - Article L. 1111-4 :
> "Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible d'entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale [...]"
Cette disposition renforce l'idée que des procédures collégiales sont nécessaires, mais sa dépendance à la réglementation peut être perçue comme une faiblesse, ne garantissant pas nécessairement un cadre juridique rigoureux.
Conclusion
La décision du Conseil d'État de renvoyer au Conseil constitutionnel la question de la constitutionnalité des articles susmentionnés illustre la tension entre l'exécution des soins de santé et le respect des droits fondamentaux. Elle souligne également les enjeux découlant de l'autonomisation du pouvoir réglementaire par rapport à la législation, qui pourrait compromettre la protection des libertés publiques et les droits de la personne.