Résumé de la décision
La commune de Villemomble a exercé son droit de préemption urbain sur un bien immobilier afin de réaliser un projet de construction de quarante logements sociaux. La décision de préemption a été annulée par le tribunal administratif, puis la cour administrative d'appel de Versailles a rejeté l'appel de la commune. En cassation, le Conseil d'État a annulé l'arrêt de la cour d'appel, estimant que la commune justifiait son droit de préemption en planifiant ce projet, qui relevait d'une politique locale de l'habitat conforme aux exigences du Code de l'urbanisme. La société MJ Développement a été condamnée à verser 3 000 euros à la commune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Arguments pertinents
1. Validité de l'exercice du droit de préemption : Le Conseil d'État a conclu que la commune pouvait justifier son droit de préemption par l'existence d'un projet d'aménagement répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du Code de l'urbanisme. Il a précisé que même sans une définition complète des caractéristiques du projet, celui-ci tenait une place légitime en vertu de la politique locale de l'habitat.
2. Erreur de droit de la cour d'appel : Le Conseil d'État a déterminé que la cour administrative d'appel avait commis une erreur de droit en exigeant de la commune qu'elle dispose d'un projet d'aménagement spécifique au secteur avant d'exercer le droit de préemption. Cette exigence apparaissait comme incompatible avec les dispositions réglementaires qui stipulent l'importance de l'intérêt général et des projets de nature large qui peuvent justifier l'exercice du droit.
Interprétations et citations légales
1. Sur le droit de préemption :
- Code de l'urbanisme - Article L. 210-1 : "Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1."
Cette disposition établit que le but d'une préemption doit être en rapport avec des projets d'aménagement ayant un intérêt général.
2. Sur les objectifs d'aménagement :
- Code de l'urbanisme - Article L. 300-1 : "Les actions ou opérations d'aménagement... ont pour objets de mettre en oeuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat."
Cet article précise les enjeux que le droit de préemption doit soutenir, notamment dans le cadre de projets urbains et de politiques de logements abordables.
3. Concernant les décisions de justice :
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : "Les jugements... sont susceptibles d'une condamnation à verser une somme au titre des frais exposés par une partie."
Cette disposition a permis la mise à la charge de la société MJ Développement des frais engagés par la commune, affirmant ainsi la responsabilité financière des parties perdantes dans le litige.
En somme, cette décision illustre la capacité des communes à exercer leur droit de préemption dans le cadre de la planification de logements sociaux tout en soulignant les limites d'interprétation qui peuvent survenir au sein des juridictions administratives concernant l'évaluation de projets d'intérêt général.