Résumé de la décision
La Section française de l'Observatoire international des prisons a demandé l'annulation pour excès de pouvoir d'un arrêté du 9 juin 2016 autorisant la mise en œuvre de systèmes de vidéoprotection dans les cellules de détention, en arguant que cet arrêté méconnaissait notamment des droits et libertés garantis par la Constitution et des conventions internationales. Toutefois, le Conseil d'État a rejeté cette demande, considérant que l'arrêté attaqué était conforme aux lois en vigueur et avait été exécuté avant que de nouvelles législations ne prennent effet, ce qui n'affectait pas sa validité.
Arguments pertinents
1. Validité de l'arrêté : Le Conseil d'État a d'abord confirmé que l'arrêté attaqué avait été signé conformément aux exigences légales, stipulant que "toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci" (Code des relations entre le public et l'administration - Article L. 212-1).
2. Absence de renvoi au Conseil constitutionnel : Le Conseil d'État a noté que, par une décision antérieure, il n'avait pas jugé nécessaire de renvoyer la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par la Section française de l'Observatoire international des prisons. Par conséquent, le moyen d'illégalité fondé sur la méconnaissance des droits constitutionnels a été écarté.
3. Non-rétroactivité des nouvelles dispositions : Les dispositions des articles 58-1 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire et 716-1 A du code de procédure pénale n'étaient pas en vigueur au moment où l'arrêté a été pris. Le Conseil a précisé que "l'incompatibilité d'une disposition législative avec les stipulations d'un traité ne peut être utilement invoquée" que si l'acte réglementaire a été pris pour son application.
Interprétations et citations légales
- Article L. 212-1 du Code des relations entre le public et l'administration : L'exigence de signature et de mention de l'auteur confère une légitimité à l'acte administratif. Cette exigence est fondamentale pour la transparence et la traçabilité des décisions administratives.
- Décision du 8 février 2017 : Ce passage illustre l'importance du contrôle juridictionnel exercé par le Conseil d'État sur les actes de l'administration, soulignant le rôle de ce dernier dans l'interprétation des normes constitutionnelles.
- Non-rétroactivité des lois : Le principe de non-rétroactivité est crucial en droit, garantissant que les actes administratifs demeurent valides tant qu'ils sont conformes aux lois en vigueur au moment de leur adoption. Le Conseil d'État indique ainsi clairement que les nouvelles législations, n'étant pas en vigueur lors de l'établissement de l'arrêté, ne peuvent être utilisées pour contester sa légalité : "les dispositions législatives mises en cause, qui n'étaient pas en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, ne peuvent en constituer le fondement".
Dans cette décision, le Conseil d'État réaffirme la solidité du cadre juridique régissant la vidéoprotection dans les établissements pénitentiaires tout en soulignant les limites d'application des nouvelles législations aux actes administratifs antérieurs.