Résumé de la décision :
La décision concerne une demande d'annulation pour excès de pouvoir de M. B... contre une directive émise le 22 août 2016 par le directeur général de l'aviation civile, qui régule les opérations de coavionnage (vols partagés entre passagers avec un pilote privé via une plateforme Internet). La décision contestée impose des restrictions de distance et de durée pour ces vols, qui ne sont pas présentes dans les règlements européens. Le tribunal a jugé que les mesures prises n'étaient pas justifiées par une nécessité de sécurité et a annulé la décision, accordant également à M. B... une indemnité de 500 euros.
Arguments pertinents :
1. Incohérence avec les réglementations européennes : Le tribunal souligne que le règlement (UE) n° 965/2012 permet aux particuliers de réaliser des vols à frais partagés conformément à l'annexe VII, qui ne comporte pas de restrictions de durée ou de distance.
- « ...ces dispositions ne prévoient pas de limitations telles que celles prévues par la décision litigieuse. »
2. Absence de justification de sécurité : Le tribunal discute de l'absence de preuve que l'organisation de coavionnage via des plateformes Internet présente un risque accru par rapport aux arrangements traditionnels entre pilotes et passagers connus.
- « ...les éléments qu'il produit ne permettent pas d'établir qu'une telle pression serait plus importante en cas de vols à frais partagés... »
3. Évolution des données sur les accidents : Les études d’accidentologie produites par le ministre montrent une diminution des décès attribués à des facteurs de pression sur la période 2005-2010. Cela indique que les risques n'ont pas augmenté avec l'émergence des plateformes Internet.
- « ...une étude similaire réalisée sur la période allant de 2005 à 2010...fait état d'une proportion de décès en baisse. »
4. Limites des actions de l'État membres : Le tribunal mentionne que toute justification pour des restrictions doit découler de problèmes de sécurité existants. En l'absence d'un risque établi, des mesures réglementaires ne peuvent pas être appliquées.
- « ...en l'absence de justification d'un risque accru pour la sécurité... le ministre chargé de l'aviation civile ne pouvait, en tout état de cause, légalement prendre les mesures litigieuses. »
Interprétations et citations légales :
1. Règlement (UE) n° 965/2012 - Article 6, paragraphe 4 bis : Ce règlement établit que les vols à frais partagés effectués par des particuliers peuvent être régis par des dispositions spécifiques qui n'imposent pas de restrictions sur la distance ou le temps de vol.
- « ...les vols à frais partagés effectués par des particuliers peuvent être accomplis conformément aux dispositions de l'annexe VII de ce règlement... »
2. Règlement (CE) n° 216/2008 - Article 14 : Bien que ce règlement permet aux États membres de répondre rapidement à des problèmes de sécurité, le tribunal a jugé que M. B... n’a pas démontré que de telles justifications étaient fondées dans ce cas.
- « ...ne font pas obstacle à la réaction immédiate d'un État membre face à un problème de sécurité... »
3. Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article permet au tribunal de condamner l'État à verser des frais de justice à la partie gagnante dans le cadre d'un litige administratif.
- « ...il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à M. B...au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. »
Cette analyse montre non seulement la motivation du tribunal dans sa décision, mais aussi la manière dont il a applicable les normes réglementaires existantes pour rendre un jugement éclairé et juste vis-à-vis de la sécurité aérienne.