Résumé de la décision
Dans cette affaire, la commune de la Garenne-Colombes a contesté un arrêt de la cour administrative d’appel de Versailles qui avait annulé un jugement du tribunal administratif, ainsi qu’un arrêté préfectoral déclarant cessibles certains terrains nécessaires à l'aménagement d'une zone d'aménagement concerté (ZAC) au quartier des Champs-Philippe. Par décision du 9 juillet 2015, la cour avait estimé que l'estimation des dépenses dans le dossier d'enquête publique était insuffisante, car elle omettait les coûts des logements sociaux prévus. Le Conseil d'État a annulé cet arrêt, considérant que l’absence des dépenses concernant ces constructions n'était pas une irrégularité justifiant l'annulation de la déclaration d'utilité publique.
Arguments pertinents
1. Recevabilité du pourvoi :
- La commune de la Garenne-Colombes a été invitée à présenter des observations lors de l'instance initiale, ce qui lui confère le statut de partie ayant qualité pour former un pourvoi en cassation. Le Conseil d’État souligne : "la commune aurait eu qualité, dans les circonstances de l'espèce, pour former tierce opposition contre l'arrêt attaqué."
2. Erreurs de droit dans l'arrêt attaqué :
- Le Conseil d’État a mis en avant que la cour administrative d’appel avait commis une erreur en considérant que l'omission des dépenses de construction des logements sociaux affectait la validité du processus d'utilité publique. Les sommes relatives à ces constructions ne devraient pas entrer dans l'estimation sommaire des dépenses pour la déclaration d'utilité publique. Le Conseil d’État précise : "les dépenses afférentes à ces constructions n'avaient pas à être incluses dans l'estimation sommaire des dépenses jointe au dossier d'enquête."
3. Allocation des frais judiciaires :
- Puisque la commune a été reconnue comme partie gagnante dans cette instance, le Conseil d’État a décidé de publier une somme à la charge de Mme B... et de M. D... concernant les dépens, réaffirmant que "les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune."
Interprétations et citations légales
1. Code de l'urbanisme - Article L. 311-1 :
- Cet article décrit les zones d'aménagement concerté et précise que "les zones d'aménagement concerté sont les zones à l'intérieur desquelles une collectivité publique... décide d'intervenir pour réaliser ou faire réaliser l'aménagement et l'équipement des terrains".
- L’interprétation de cet article a conduit à conclure que la commune pouvait procéder à l’aménagement sans inclure les coûts spécifiques de logements sociaux dans l'estimation des dépenses initiales.
2. Code de l'expropriation pour cause d'utilité publique - Article R. 11-3 :
- Cet article exige que le dossier soumis pour l'enquête inclue une "appréciation sommaire des dépenses" mais précise également les limites de cette appréciation. Le Conseil d’État a rappelé que "dans le cas de la création d'une zone d'aménagement concerté, l'appréciation sommaire des dépenses doit inclure les dépenses nécessaires à l'aménagement et à l'équipement des terrains", sans inclure les frais futurs liés aux constructions.
3. Code de justice administrative - Article L. 761-1 :
- Cet article stipule les conditions d'imputation des frais de justice. Le Conseil d'État a appliqué cet article pour déterminer que "la commune de la Garenne-Colombes qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante" ne devait pas supporter les frais, mais que les intimés devaient indemniser la commune.
En conclusion, cette décision illustre les exigences légales concernant les procédures d’aménagement urbain et les droits des parties en matière de recours, tout en clarifiant les erreurs juridiques commises par la cour administrative d’appel.